Mathieu CORNELUS

Je m’appelle Mathieu Cornelus, je suis créateur de contenu, community manager et photographe. Après Pontoise, Paris, les Abymes (Guadeloupe),  Baie-Mahault (Guadeloupe), Sainte-Luce (Martinique), Troyes, Lyon 6, Genève, Lyon 9, La Rochelle, j’évolue à l’heure actuelle sur Nantes. 

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours et ta rencontre avec la photographie ?
J’ai acheté mon premier reflex il y a 8 ans lorsque j’étais en deuxième année d’études supérieures. Mais en remontant un peu plus loin dans mon parcours, mes parents m’offraient un appareil photo jetable à chacune de mes colonies de vacances.

Et j’en ai fait beaucoup entre mes 6 et mes 16 ans. Il y avait pas mal de ratés, de flashs dans le miroir ou de photos mal cadrées. Je me nourrissais du besoin irrépressible de figer l’instant, de mémoriser chacun de ces endroits de vie éphémères, j’entretenais une quête persistante et tenace sur les souvenirs.

Puis j’ai toujours ressenti une profonde nostalgie en regardant de vieux albums photos de mon enfance, de mon frère jumeau et de ma famille. L’image a toujours fait partie de ma vie de manière inconsciente et hasardeuse. Cela peut paraître totalement cliché comme discours, même vu et revu mais c’est une réalité qui a contribué à mon attachement pour la création visuelle.

Et aujourd’hui, photographier est devenu mon verbe préféré, qui occupe une place centrale dans mon quotidien.

Aujourd’hui la photo pour toi, loisir ou source de revenu ?
Les deux. Ça reste et restera en premier lieu un loisir, une passion véritable qui m’apporte énormément de satisfaction personnelle. Le plaisir additionnel intervient lorsqu’il devient lucratif.

Ça a commencé avec les mariages, les photos entre potes, les baptêmes, les tirages photos puis auprès d’entreprises et de marques. Néanmoins, c’est un loisir qui reste à l’heure actuelle insuffisant pour l’exercer à temps plein.

J’ai la volonté d’emmagasiner dans un premier temps de l’expérience dans les domaines issus de mes études supérieures, les réseaux sociaux et le marketing digital. Une fois acquise, cette expérience me servira par la suite à me concentrer à 100 % sur cette activité.

Et lier réseaux sociaux, stratégie de contenu et photographie est une combinaison qui a énormément de sens, surtout depuis ces dernières années. « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie« , une citation de Confucius qui est en totale adéquation avec ma façon de pensée.

Comment qualifierais-tu ta « patte » ? As-tu eu ou as-tu encore des influences particulières ?
Je crois que pour n’importe quel artiste, l’objectif ultime c’est de trouver son propre style, quelque chose qui le démarque de tous les autres.

En ce qui me concerne, j’affectionne particulièrement l’esthétique de mon travail, les éléments de base étant une composition et un cadrage bien étudiés. Avec le minimalisme, j’essaye d’élargir mon interprétation pour dresser une réflexion visuelle sur mon environnement. Un ensemble architectural, la structure d’un paysage, l’expression d’un regard, l’énergie humaine et physique qui circulent entre toutes ces sphères m’intéressent.

L’objectif ultime est la simplification, éliminer le superflu pour laisser parler l’indispensable. J’essaye d’avoir un regard astucieux, intense et vif pour transformer des choses simples, en quelque chose de plus intéressants. Depuis mes débuts jusqu’à maintenant, j’ai eu la volonté de conserver mes yeux d’enfant qui regardent sans cesse le monde pour la première fois, un peu comme un touriste lorsqu’il voyage dans un nouveau pays. Imposer mon identité, ma vision du monde, de la manière la plus sincère possible.

Tu as fait de l’autoportrait une de tes spécialités alors que bien souvent les photographes préfèrent rester derrière l’appareil… Pourquoi être parti dans cette direction ?
J’ai toujours apprécié apprendre par mes propres moyens, sans la contrainte et la pression du système scolaire.

Ce que je suis capable de produire aujourd’hui résulte de mon propre apprentissage comme de nombreux photographes, au travers d’internet, de livres, de rencontres et de travail acharné. J’ai trouvé avec la photographie le pouvoir d’imager mes émotions, mon adaptation du monde.

Je suis d’un naturel réservé, en tout cas en première approche. L’image est donc pour moi une alternative à la pensée verbale, c’est devenu mon médium de prédilection, plus proche des sens et qui amène à appréhender le monde non pas sous l’angle de la connaissance mais sous l’angle du ressenti.

Dans ce sens, l’autoportrait est l’exercice le plus difficile auquel j’ai été confronté. Un procédé hétéroclite mélangeant représentation intime de moi même, de mon espace et de mon propre temps. Un photographe par définition immortalise avec l’intermédiaire d’un outil l’aspect physique du sujet qu’il a en face de lui.

Pourquoi se contenter uniquement de cet échange ? J’aime l’idée de maitriser l’aspect complet de la photographie, d’être devant et derrière l’objectif, à 360 degrés en quelque sorte. L’avantage est que le sujet me suit partout. Je suis libre de mes mouvements, de ma mise en scène, je peux commencer et recommencer la même prise de vue si le résultat ne me convient pas.

La gestion d’une photo est aussi simplifiée car j’ai un contrôle de A à Z, de sa réalisation jusqu’à son partage. À coté de toutes ces facilités techniques, si je devais résumer mon attrait pour l’auto-portrait, je l’imagine comme une quête de soi même, un questionnement sur ce que je suis, de la représentation que je donne au spectateur, une conscience imagé, fixe mais extrêmement fugace. Comme tout.

Avec quel(s) matériel(s) shootes-tu ?
Mon 7D habituel accompagné de mon trépied, d’une télécommande bluetooth ainsi que quelques objectifs favoris comme le 50mm f/1,4 ou le 17-85 mm.
Et surtout aussi mon téléphone. Je suis un grand adepte de la photographie mobile qui a de très belles années devant elle, tant les progrès sont merveilleux. J’ai tendance à répéter que le meilleur appareil photo est celui qu’on a constamment sur soi et en vérité, mon téléphone m’a permis d’ouvrir une grande porte sur mon quotidien, sur son espace et son énergie.

J’ai remarqué qu’en agrandissant petit à petit mon parc numérique et argentique, le plus important pour moi est d’avoir un outil qui transmet ma vision des choses le plus simplement et rapidement possible. Si le meilleur appareil photo au monde permet d’avoir une photo d’un piqué et d’une qualité époustouflante, l’appareil photo le plus médiocre permet aussi de capturer l’essence véritable de ce que l’ont voit, la différence est juste d’ordre mécanique, optique et surtout pécuniaire mais l’œil reste le même.
Peu importe l’outil entre les mains, la vision que l’on apporte est à mon sens primordial.

Comment procèdes-tu pour shooter ?
Ça dépend du projet et de la situation. Généralement, dans mon processus créatif, j’aime mélanger plusieurs autres formes d’art. Quand je peux, je m’entoure de musique car elle me conduit dans un univers dans lequel je me sens libre d’accueillir un sentiment, une émotion où je peux laisser graviter mon imaginaire.

Comme je l’ai indiqué précédemment, j’ai toujours mon téléphone sur moi, et il m’arrive régulièrement lors de mes trajets quotidiens de photographier sur l’instant, différentes situations que je partage instantanément, de la manière la plus naturelle possible.

Je m’organise différemment lorsque je collabore avec d’autres personnes. On réfléchit à l’idée du projet, aux différents endroits intéressants pour le shooting, aux accessoires et objectifs photo. C’est une démarche complètement différente et minutieuse, il y a une certaine préparation au préalable, nécessaire pour ne pas être déstabilisé au jour J.

Et lorsqu’il faut, j’aime bien m’entourer d’autres artistes comme des maquilleurs(ses) et coiffeurs(ses) lorsque le projet rentre dans une ligne complètement éditoriale/mode.

Quelle place prends le post-traitement dans ton travail ? Quel(s) logiciel(s) utilises-tu?
Une place non négligeable je dirais. J’aime autant photographier que passer du temps à développer mes photos, à accentuer la profondeur d’un regard ou d’une courbe,  la teinte d’une couleur ou le contraste des ombres mais toujours avec parcimonie.

J’utilise principalement Adobe Lightroom CC sur desktop et sur mobile. C’est une application qui demande une certaine prise en main vu l’ensemble des outil qu’elle confère. Mais une fois maitrisée, elle permet de parfaire l’image.

Généralement, j’ai une liste de presets que j’applique en fonction du style de la photo et de la quantité de lumière. Je n’ai jamais été un adepte d’Adobe Photoshop, de modifier en profondeur les images au risque de la dénaturer et de tomber dans un excès visuel de mauvais goût.

À mes débuts, j’avais tendance à en faire trop, car je n’avais pas le recul nécessaire pour cela. En travaillant après plusieurs années notamment sur la composition lors d’une prise de vue,  j’ai appris à éduquer mon rapport au post-traitement. Il me permet simplement de sublimer mon interprétation de la réalité.

Si tu ne devais garder qu’un seul de tes objectifs, lequel aurait tes faveurs et pourquoi ?
Classique, indémodable même, je garderais le grand et classique 18-55mm, pour le coté sentimentale.

As-tu eu un gros « fail » depuis tes débuts ?
Une grosse frayeur plutôt. J’ai failli me faire voler mon matériel photo quand je photographiais un bâtiment dans le 9 ème arrondissement de Lyon il y 4 ans.

À l’époque je venais d’emménager dans le coin et j’avais repéré pas mal de bâtiments qui offraient des perspectives intéressantes. Un jour, j’y suis allé, mon appareil photo à la main, mes accessoires et autres objectifs dans mon sac à dos. Je mitraillais sous différents angles l’édifice quand soudain des jeunes sont venus me dire de dégager d’ici.

Au début, je n’y ai pas prêté attention puis les paroles se sont transformées en jets de bouteilles, puis en jet de pierres. J’ai commencé doucement à rebrousser chemin direction l’arrêt de bus qui se trouvait à proximité. Puis soudainement, ils sont arrivés à ma hauteur, ils ont commencé à m’entourer pour m’empêcher de passer.

Hasard ou non, une voiture de police banalisée est passée au même moment, elle s’est stoppée et les policiers sont sortis de leur véhicule. Évidemment, mes agresseurs en voyant la scène sont rapidement partis pour me laisser tranquille. J’étais complètement déboussolé de la violence gratuite que je venais de vivre.

Les policiers m’ont posé quelques questions sur ce qui s’était passé quelques minutes avant. Ils m’ont suggéré de déposer une main courante, chose que j’ai faite quelques jours plus tard. En me ramenant jusqu’à chez moi, les policiers m’ont dit que j’avais atterri sur une zone dite  » de sécurité prioritaire » et que les jeunes m’avaient probablement assimilé à un service de police à la recherche de suspects. Voila, une histoire qui m’a fait comprendre que photographier dans des endroits inconnus peut-être dans certains cas une mauvaise idée.

As-tu une photo qui te tiens particulièrement à cœur ? Si oui laquelle et pourquoi ?
C’est impossible pour moi de sélectionner ne serait-ce qu’une seule photo. Par contre, j’ai un projet photo qui me tient particulièrement à cœur.

Il y a 3 ans, j’ai réalisé un projet 52. Ce fut le travail d’une année entière, 52 semaines, 52 photos, 52 thèmes dont l’originalité se situait sur la rime avec l’année 2017. De « silhouette », à « poussette » jusqu’à « paillette » ou « basket », ça été un exercice difficile et laborieux et je dois vous avouer que je me suis cassé la tête pour imager certains thèmes.

En y repensant ça m’a permis de sortir de ma zone de confort, d’essayer de nouvelles choses, de nouvelles techniques. Mais le plus merveilleux c’est que j’ai rencontré beaucoup de personnes formidables qui ont contribué à la réussite de ce challenge créatif.

Dans la série « Nos Régions ont du talent », toi qui es de Nantes, peux-tu livrer ton spot préféré ?
La question difficile… Je dirais que c’est à Trentemoult, une commune située juste au sud de Nantes. C’est un ancien village de pêcheurs qui regorgent de centaines de ruelles et de façades colorées. C’est la Havane à la française, à chaque fois que j’y met les pieds, c’est un dépaysement garanti !

Assez parlé de toi… si on donnait maintenant un peu la parole à ton appareil, que nous dirait-il ? 🙂
Qu’il a besoin d’un peu de repos le pauvre.

J’te laisse le mot de la fin pour nous parler de ton actu et des projets à venir
Sur le court et moyen terme, je continue mon travail photographique en voulant insuffler une nouvelle dynamique de ma présence digitale sur les réseaux sociaux. On est de plus en plus nombreux à utiliser les plates-formes sociales, il y a énormément de concurrence et pour maintenir l’intérêt des internautes, il faut davantage de contenu unique, authentique et engageant.

Je voudrais exploiter davantage le potentiel des stories et des IGTV sur Instagram, des formats interactifs et ludiques qui ont l’avantage de toucher facilement du monde et de nouvelles personnes. Mon audience me connait principalement en tant que photographe, pas assez en tant que créateur de contenu, et j’aimerai développer cette particularité. Ça passe par de la création purement graphique à de la réalisation et au montage vidéo.

Ce sont des compétences annexes que j’ai également appris en autodidacte et que je compte mettre à profit pour assoir davantage mon identité. Je voudrais également continuer à collaborer avec d’autres photographes ou d’autres personnes qui apportent une réelle plus-value sur l’esthétisme d’une image. En bref, photographier, créer, partager, adhérer. Encore et encore.

Puis sur le long terme, j’ai deux projets qui me tiennent particulièrement à cœur. La première serait d’organiser ma deuxième exposition photo. La toute première s’est déroulée à Lyon en Novembre 2016. J’avais développé pour l’occasion, toute une série photo axée sur le minimalisme et les baskets Nike. Et de pouvoir rencontrer des gens qui se sont déplacés spécialement pour le vernissage, échanger avec eux sur le projet présenté, voir mes propres images développées, encadrées et affichées sur des pans de mur restent des souvenirs merveilleux.

Le deuxième projet serait de développer un site internet dans lequel j’aurais l’occasion de proposer et de vendre des tirages photos. Le domaine de la photographie d’art est quelque chose qui m’intéresse de plus en plus.

À coté de mes activités propres, je m’occupe avec attention de l’image et de la communication de mon frère jumeau, il a été élu Mister France 2020 au début de l’année. Il m’accompagne dans mon travail depuis le tout début et nous avons gardé cette habitude de travailler ensemble. C’est une sorte de continuité logique et avec son nouveau statut, on ne fait que renforcer notre collaboration.

Enfin, mon dernier mot serait une phrase de remerciement pour ton site web et de ton intérêt pour mon travail et le travail des autres photographes, merci de m’avoir donné l’occasion d’écrire ces quelques lignes.

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