Gaël DESMOUCELLES

Je m’appelle Gaël, j’ai 31 ans, je pratique la photo intensivement depuis environ 15 ans et suis le co-fondateur d’un studio de création, dans la région d’Annecy.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ta rencontre avec la photographie ? Qu’est ce qui t’a donné envie de te lancer dans la photo ?
Fin des années 90 / début 2000, je faisais partie d’une petite communauté sur Internet, aujourd’hui disparue, à une époque où Facebook n’existait pas. C’était juste un groupe de gens rassemblés sur un site, où chacun partageait des textes, des poèmes, des critiques culturelles, et des photos.

Le fait d’être dans ce petit groupe, et de voir des photos publiées, m’a donné envie d’en partager aussi. C’est comme ça que j’ai acheté mon premier reflex.

Un poil plus tard, j’ai commencé à pratiquer pas mal l’exploration urbaine, et tout de suite les deux pratiques se sont rejointes. Ça a été une bonne école, car l’exploration urbaine impose des conditions de shooting très difficile : niveaux de lumières différents, contre-jour, espace restreint….

As-tu des influences particulières chez certains photographes ?
J’ai une grande admiration pour les photographes d’aventures, du début 20° siècle : Jack London, Robert Capa, William H. Jackson, John Thompson…

Je pense que c’était pour la photographie, une époque formidable, une époque où il y avait encore un monde inconnu à immortaliser. Il n’y a plus que les astronautes aujourd’hui pour réaliser ce rêve-là.

J’aime aussi beaucoup le travail des photographes des années 50-70, Diane Arbus, Helmut Newton, Richard Avedon, Dennis Stock (rien que pour ses photos de James Dean). Dans les plus récents, Martin Schoeller, Gregory Crewdson, ou Vincent Munier qui a su, de mon point de vue, redonner un peu d’âme à la photo animalière.

Si tu m’en autorises encore un ou deux, j’ai une passion assez puissante pour tout ce qui concerne les backstages, les faces cachées, les dessous des cartes comme on pourrait dire, avec par exemple les photos de Dennis Hopper, ou le livre Neü Sex de Sasha Grey, qui dépeint avec talent un monde méconnu.

Aujourd’hui la photo est, pour toi, un loisir ou une source de revenu ?
Quelque part entre les deux. J’ai eu la chance en 2011 d’avoir été recruté par Airbnb pour devenir membre de l’équipe de photographes du site, et j’ai des demandes occasionnelles de photos professionnelles.

Je n’ai pas jusqu’à présent cherché à développer la photographie comme un métier, et ce n’est pas quelque chose que je compte faire dans un futur proche. Être rémunéré pour des photos m’a permis de me rendre compte que quand on passe beaucoup de temps à shooter pour d’autre, l’envie et la motivation de shooter pour soi diminue un peu. Donc…

Quel est ton matos photo ?
Je pratique la photographie argentique, de ce côté là j’utilise un XPAN, appareil qui shoote en panoramique, un format que je trouve très intéressant à utiliser, et un 35mm télémétrique l’Olympus 35RC.

En numérique, j’utilise un Nikon D750. J’ai eu pendant longtemps un D700, un appareil dont j’adorais la sensation de shooting, et sa simplicité. Je l’ai remplacé récemment par un modèle un peu meilleur en résolution, car certains clients imposent une taille de délivrable minimum assez haute.

De plus, le D750 est un peu plus petit et plus léger. J’ai aussi quelques “bizarretés” qui traîne dont je me sers occasionnellement , comme un appareil infrarouge, un moyen format, un appareil micro-film … Mais les voyages récents sont en train de me questionner sur mon matériel et la façon de procéder, il est possible que cela change dans les prochains mois.

De tes objectifs, lequel t’est indispensable et pourquoi ?
J’utilise la plupart du temps un 35mm fixe. C’est pour moi le plus petit, le plus fiable et qui couvre presque tous les besoins. Suivent de très près un 20mm et le 50mm. C’est le set-up parfait pour répondre à tous les besoins du quotidien, qu’on appelle dans le milieu le  “Reporter Pack”.

Quelle place prend le post-traitement dans ton travail ? Des logiciels favoris pour le post-traitement ?
Une place importante, bien sûr. Je pense qu’à l’heure actuelle c’est une étape obligée, quoi que peuvent en dire certains. Les bénéfices apportés par les solutions technologiques sont tellement efficaces, qu’il est difficile, voire même inopportun de s’en passer.

Le numérique a tué le charme de la photographie, en supprimant complètement la personnalité de la pellicule, et en aseptisant l’image en voulant la rendre la plus neutre possible. C’est pour cela que les applications récentes (Instagram, Vsco…) sont si populaires : elles ont ramenés le grain de la pellicule au premier plan.

Donc oui, Lightroom est pour moi l’étape obligatoire dans mon workflow de travail, que ça soit pour corriger l’impersonnalité du numérique, ou pour essayer d’obtenir le résultat que j’ai en tête au moment d’appuyer sur le bouton.

Tu es plutôt couleur ou noir et blanc ?
La question à un million. J’utilise sur internet le slogan “Black and White Is Art”, bien qu’une bonne majorité de ce que je publie soit en couleur.

Le noir et blanc arrive à réveiller chez moi des émotions profondes, enfouies. Il est figé dans le temps, hors de la mode et des tendances. Il est brut, il s’affranchit du superflu de la couleur, pour se concentrer sur l’essentiel, sur la matière, sur les nuances et les contrastes.

Mais dans notre monde très coloré actuel, la couleur est plus dans la norme, et parfois le charme d’une photo réside dans la seule présence de ses couleurs. Grande question !

Quel a été ton plus gros « fail » depuis tes débuts ?
De ne pas avoir réussi à construire un travail qui mérite d’être exposé quelque part. Je trouve plutôt ma vision de la photo assez décousue et fluctuante, j’aimerais réussir à dégager quelque chose de plus profond et, avec du sens.

Depuis le temps, j’arrive à sentir les directions vers lesquelles il me semble évident d’aller, mais il me faut du temps pour construire pour tout cela. J’espère y arriver un jour, ça serait un grand succès pour moi. Et ne pas arriver à photographier le monde vivant !

En matière de photo, tu aimes « toucher à tout » mais as-tu un exercice de prédilection ?
Des amis proches aiment dire que je photographie “des choses mortes”. C’est vrai que j’ai un certain penchant pour les lieux et les natures mortes, savoir mettre en évidence des éléments figés.

Je pense qu’on retombe sur des problématiques abordées plus haut : le fait de voir des choses qui nous sont cachées, être le témoin d’un monde figé, invisible à nos yeux.

Tu as fait également quelques beaux voyages (Cuba, Islande…). Quels sont, pour toi au niveau photo, les « indispensables » à prendre lorsque tu pars en voyage ?
L’un des indispensable en toute circonstance est probablement le filtre polarisant. Suppression des reflets gênants, augmentation des contrastes d’un décor… ça peut-être un vrai plus.

Ça, et un outil de votre choix pour nettoyer le capteur ! Ce n’est jamais drôle de supprimer les poussières sur 1500 photos.

La photo est souvent un moyen de faire de belles rencontres. Quelle a été, depuis tes débuts, ta rencontre la plus marquante et pourquoi ?
Je fréquente à vrai dire assez peu de photographes, et j’aurais plus de rencontres avec des lieux magnifiques à raconter que des rencontres humaines.

J’ai eu la chance de croiser le chemin de David De Rueda, un excellent photographe et quelqu’un de réellement bien, simple, humble, et énormément doué. On est aujourd’hui régulièrement en contact, et c’est un réel plaisir de suivre son travail.

J’te laisse conclure en nous parlant des projets à venir et de ton actu.
Je reviens d’un voyage de deux mois au Canada et en Alaska, donc mon actualité va être de ranger, trier et faire une sélection, et ce n’est pas le plus facile !

Je continue de travailler certaines séries de photos, en écrivant des textes et en leur donnant un sens. Chaque voyage est une expérience unique, et une remise en question, un changement radical d’observer la vie.

Donc il va être temps d’en tirer les conséquences, en espérant aller dans la bonne direction !

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