Pierre DESTRIBATS

J’ai 28 ans, je suis né à Bayonne mais je vis depuis plus de 15 ans près de Bordeaux. Concernant mon métier, je fais quelque chose qui n’a rien à voir avec ma formation, c’est pour 4 mois, je suis commercial ! 🙂

profile-pierre-Destribats-photographerDepuis combien de temps fais-tu de la photo ?
C’est toujours difficile de répondre à cette question, c’est venu petit à petit je crois lors de mes premiers séjours avec la fac, en Licence en sciences de la terre et de la mer, je sortais mon compact, je trainais un peu, pour prendre le temps de regarder autour de moi, et prendre tout ce que je trouvais beau, de la fleur à la coccinelle… Donc on va dire depuis 8 ans maintenant.

A partir de quel moment, as-tu pris conscience que tes photos pouvaient plaire au plus grand nombre ?
Comme souvent, ce sont les copains qui te font quelques compliments, alors j’étais content même si c’était loin d’être très artistique. Au bout d’un moment, j’ai eu envie de partager mes photos avec les autres sur FB, pour le plaisir, et aussi certainement pour connaitre les critiques qu’allaient me faire les gens : à ma plus grande surprise,  ça a plu, et moi de mon côté je prenais de plus en plus de plaisir à shooter, la machine était lancée.

Le jour où un éditeur m’a appelé en me disant qu’il était intéressé par mon travail et qu’il voulait que j’illustre son premier livre en auto-édition (qui devrait bientôt sortir, 3 ans plus tard) là, ça a été une autre prise de conscience..

Pierre Destribats | South West National Park, Tasmanie (Australie). Juin 2015
Pierre Destribats | South West National Park, Tasmanie (Australie). Juin 2015

Comment qualifierais-tu ta « patte » ? Des influences particulières ?
Je ne pense pas avoir de « patte » particulière comme d’autres où leur style très dark, ou bien saturé, ou encore noir et blanc en pose longe est de suite reconnaissable.

J’aime retranscrire le paysage tel que je l’ai vu et ressenti, comme finalement tout photographe, sauf que chacun a son interprétation de la réalité. Je m’éloigne rarement de l’ambiance d’une scène en saturant à l’extrême mes couleurs par exemple ou en les modifiant carrément, j’aime le naturel ; alors me direz-vous, peut-être est-ce ma « patte ».

Je ne suis pas issu d’une formation artistique à la base, donc pas vraiment influencé, j’estime que c’est la nature l’artiste, c’est finalement elle qui influence tout le reste. Attention je n’ai pas dit que je n’aimais le travail de personne ! Bien au contraire et rien qu’en France, le niveau est très haut, je regarde d’un œil attentif le travail de certains mais aucun ne m’influence particulièrement..

A l’heure actuelle pour toi, la photo est un loisir ou une réelle source de revenu ?
La photo est avant tout un plaisir et d’avantage un prétexte pour partir dehors, voyager, vivre. Aujourd’hui, je ne gagne que très peu d’argent avec la photo mais j’avoue que c’est mon objectif à moyen ou long terme, peu importe le temps, tant que je me ferais plaisir.

Partant de là, Je commence à me diversifier petit à petit pour proposer autre chose et m’ouvrir à de nouvelles opportunités. (visites virtuelles, drone)..

Pierre Destribats | Péninsule de Tasman, Tasmanie (Australie). Juin 2015
Pierre Destribats | Péninsule de Tasman, Tasmanie (Australie). Juin 2015

Niveau matériels, quels sont tes armes ?

J’ai toujours été chez les jaunes, Nikon. Il n’y a pas vraiment de raison, c’est purement subjectif. Lorsque j’ai touché mon premier boitier, je suis parti naturellement vers Nikon que je trouvais plus costaud, plus facile à manier, mais tout est affaire de gout, n’importe qui peut te dire ça de n’importe quelle marque. 🙂

D’un premier D60, je suis passé au D90 qui a très bien tenu, bien qu’affaibli par le climat islandais, puis avant de partir une année en Australie, j’ai acheté le D800, que j’ai toujours aujourd’hui.

Concernant les objectifs, j’ai le 16-35 de chez Nikkor, que j’ai choisi pour ses qualité et son prix et qui me permet d’adapter mes filtres Lee, le Samyang 14mm f/2.8 pour la nuit et qui a un piqué assez extraordinaire pour son prix mini. J’ai également un Nikkor 50mm f/1.4 que j’utilise pour le reportage comme lors de mon séjour au Vietnam, un fisheye Nikkor pour les visites virtuelles et un Sigma 70-200mm f/2.8.

Si tu devais ne prendre qu’un objectif avec toi, quel serait ton choix ? Et pourquoi ? ?
Je reste un amoureux des grands espace et du paysage donc je dirais un grand angle, le 14-24mm notamment qui me fait de l’œil, bien qu’il soit encore cher et plutôt lourd, et qu’il faudrait que je change tout mon système de filtres, mais j’y songe fort !

Pierre Destribats | Islande, Mai 2014
Pierre Destribats | Islande, Mai 2014

De outils favoris pour le post-traitement ?
Uniquement LightRoom ! Pour mes process, c’est amplement suffisant surtout quand tu connais le potentiel du RAW du D800. Sinon Photoshop 1% du temps, quand j’essaie de faire du blending mais ce n’est définitivement pas ma tasse de thé, je préfère passer bien plus de temps dehors à prendre le temps de shooter, de composer pour ensuite terminer l’image finale sur mon PC.

A l’heure où tu réponds, quelle est la dernière photo de ta carte SD ?
Ma carte SD est vide ! La dernière photo a été prise lors d’une session sunset avec des copains sur la plage de la Salie (tristement célèbre pour son wharf) et comme encore trop souvent, j’ai shooté, beaucoup effacé, si bien qu’il ne me restait plus qu’une dizaine d’images sur la carte.

Arrivé chez moi, j’ai fini par tout effacer et rien garder… Je deviens exigeant en vieillissant. 🙂

Pierre Destribats | Archipel des Lofoten, Norvège. Mars 2016
Pierre Destribats | Archipel des Lofoten, Norvège. Mars 2016

As-tu déjà eu un gros « fail » pendant toutes ces années ?
« Fail » du genre échec ? Ça arrive très souvent, enfin si tu te dis que le but d’une sortie est de sortir ne serait-ce qu’une seule bonne photo.

Je me rappelle d’un matin en Tasmanie (ile/état australien) où je voulais accéder à un lac glaciaire pour le lever du soleil. Normalement il était atteint en 3h. Je suis parti sous la pluie pendant la nuit d’abord sur un chemin en bois, puis au bout de trente minutes, la pluie a redoublé d’intensité, la végétation sur le chemin aussi, si bien que le sentier s’est transformé en bourbier où j’avais de la boue jusqu’au cheville !
Des arbres barraient la route, j’étais trempé. Quand la lumière s’est montrée, tout était complétement bouché autour de moi, mon grand optimisme en avait pris un coup !

Au bout de 3h j’étais au ¾ du chemin et je suis arrivé dans une immense plaine inondée composé d’arbres touffus me cachant la vue : à ce moment-là, je me suis rendu à l’évidence : j’étais rincé dans tous les sens du terme, à moitié perdu et il n’y avait plus rien à attendre coté météo…

C’est le genre de « fail » dont tu te rappelles longtemps. Ça me fait d’ailleurs penser que c’est là que j’ai perdu sans m’en rendre compte la housse de mon sac F-Stop, qui a pris à peine la flotte ce jour-là….

Tu parcours le monde et affectionnes tout particulièrement les grands espaces et les endroits isolés. As-tu en tête une photo qui a nécessité le plus d’effort mais pour laquelle le résultat valait vraiment la peine ?

Comme je viens de l’expliquer, j’ai appris au fil des années qu’il n’y a pas de règles en la matière : ce n’est pas parce que tu te démènes à aller dans un lieu improbable, que tu auras le graal à l’arrivée. L’inverse se produit aussi : comme ma photo de la cascade en Tasmanie, au milieu de forêt primaire, qui peut être atteinte par un joli sentier en 10 minutes : c’est facile, c’est touristique, et pourtant cette photo que j’adore a connu un joli succès.

Cascade mythique de Tasmanie, dans le Mount Field National Park au petit matin. Le soleil rasant d'hiver m'a permis de faire ressortir toute la magie de cette scène, au milieu de la forêt pluviale, aujourd'hui grandement menacée par le réchauffement climatique.
Pierre Destribats | Cascade mythique de Tasmanie, dans le Mount Field National Park au petit matin. Le soleil rasant d’hiver m’a permis de faire ressortir toute la magie de cette scène, au milieu de la forêt pluviale, aujourd’hui grandement menacée par le réchauffement climatique.

Ma série de photos de la soirée orageuse prise dans le western australia l’an passé, accompagnée d’immenses feux de brousse, n’était pas caractérisé par un effort intense mais plus par la prise de risque qui a accompagné la prise de vue : je suis partie avec un vieux pick-up aux vitres cassées au début du spectacle, le premier orage était encore loin, puis en une heure, la situation s’est complétement déstabilisé avec plusieurs cellules intenses tout autour de ma position, une foudre incessante, les feux de brousses qui s’allumaient petit à petit, et moi qui était contre un arbre mort que j’avais réussi à repérer dans la pénombre pour mon premier plan : l’endroit idéal pour se faire friser les moustaches.. !

Je suis resté de longues minutes là à shooter, jamais satisfait du résultat jusqu’à l’ultime coup de canon où j’avais LA photo que j’attendais, puis j’ai détalé dans le pick up, sous des trombes d’eau et la foudre qui s’abattaient partout dans les plaines : grosse montée d’adrénaline mais quel bonheur au final.

Pierre Destribats | Grey Station, Western Australia. Février 2015
Pierre Destribats | Grey Station, Western Australia. Février 2015

Tu pars également souvent en expédition sur plusieurs heures/jours, en règle générale, de quoi est composé ton sac à dos ?
Rien que le matos photos te prend déjà une sacré place et cela fait son poids : il ne reste ainsi plus que la moitié du sac pour le reste : si je pars juste pour la journée en revenant à un point fixe pour dormir le soir, c’est facile, tu pars léger, de quoi avoir chaud, être au sec, de quoi allumer un feu, boire ou manger un bout, bref le minimum vital.

Sinon, faut déjà un peu plus étudier l’aventure, savoir si tu dors à l’abri à l’arrivée (refuge) ou bien s’il te faut la tente, et du coup duvet, tapis de sol, popote, etc. Tout ça prend vite de la place et du poids dans un sac déjà bien pris par ton matos photo!

Chaque cas est unique, il faut s’adapter à son environnement/météo et savoir ce que tu vas shooter au final, mais j’avoue avoir souvent le défaut de me dire que tout peut arriver, que je pourrais être amener à shooter de aussi bien de l’animalier que du paysage, du coup, je préfère tout prendre.

Quel(s) conseil(s) tu donnerais à ceux qui aspirent à partir à la conquête des grands espaces pour préparer au mieux leurs sorties? As-tu des astuces « DIY » pour protéger ton appareil ?
Hormis si t’es un puriste aventurier qui veut aller explorer une nouvelle terre vierge sans ne rien connaitre d’avance et tout apprendre sur place, le mieux reste encore d’étudier le pays, la région où le coin précis sur le net avant de partir . D’abord des premières photos si elles existent, un tour sur Google Earth, un coup de The Photographer’s Ephemeris pour connaitre le moment et l’endroit des couchers/levers de soleil/lune, étudier également une carte topo, déjà tout ça te donne des informations précieuses sur un endroit que tu as seulement rêvé jusqu’à présent !

Pour protéger l’appareil, pour ma part j’ai toujours une housse de protection sur mon D800 depuis mes débuts en Australie, bien qu’il soit tropicalisé. Sinon, je fais la bonne vieille méthode de le mettre sous la veste en attendant que ça passe…

Pierre Destribats | Islande, Mai 2014
Pierre Destribats | Islande, Mai 2014

En bon voyageur, tu passes beaucoup de temps en tête à tête avec ton appareil. Que nous avouerait-il à propos de toi si on lui donnait la parole ?
Oh la question qu’elle est bonne ! C’est super intime comme demande !

Oui je te dirais que parfois il m’a entendu parler, seul ! Quand je passe un long moment tout seul, souvent sur plusieurs jours, il m’arrive souvent de penser à voix haute, ça permet de d’avantage se questionner réfléchir, faire le point, parler à soi-même pour parfois même se répondre ! Essayez, vous m’en direz des nouvelles. 🙂

J’te laisse conclure et nous parler de ton actu et/ou tes projets à venir.
A court terme, vu le travail que j’ai trouvé en attendant la suite, l’actu photo devrait être calme jusqu’à mi-septembre, j’espère pouvoir shooter quelques bonnes salves orageuses estivales dans ma région et je serais déjà ravi avec ça.

Ensuite, on est en train de monter un workshop photo en Tasmanie avec l’agence Natures du Monde, qui sera très probablement prêt pour Octobre prochain, donc l’appel est lancé aux potentiels intéressés,  ça promet d’être intense sur deux semaines de voyage de l’autre côté de la planète, entre falaises vertigineuses et forêt primaire.

Pour la suite, je garde le suspense ! 🙂

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1 Commentaire

  1. Merci pour cet entretien intéressant.
    Les photos illustrant l’article sont de toute beauté : félicitations à Pierre !

    Stéphane

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