Ludovic SANCHEZ

Je me présente, Ludovic Sanchez et j’ai 35 ans. J’ai vécu mes 15 premières années dans différents pays (Maroc, Portugal, Brésil, Russie), puis Lyon et la région Parisienne.
Actuellement et depuis 4 ans je vis entre Colmar et Mulhouse en Alsace où je suis Gendarme.

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours et de tes influences ?
Alors j’ai commencé la photo à l’âge de 26 ans, parce que ma profession faisait que j’avais très souvent mes repos en semaine en décalé avec mon amie de l’époque.

Du coup, je m’étais acheté un appareil et j’ai commencé à photographier, des fleurs, des paysages et autres mouches mortes…

J’ai très vite atteint mes limites avec les mouches alors je m’étais dit que cela pourrait être autrement plus sympa de faire de la photo de modèles. A l’époque, je vivais en région Parisienne et j’avais eu la chance de rencontrer de jeunes modèles et comédiennes qui m’avaient laissé ma chance alors que je partais de zéro.

Niveau influences, mes années passées en Russie, ont certainement été pour moi décisives dans ma façon d’aborder la photographie féminine. Je ne parle pas du nouveau courant Russe qui sévit depuis quelques années, où les peaux sont ultra lissées avec un post traitement de fou, faisant bien souvent perdre en naturel.

Non je parle davantage, de ce style venant des pays de l’est qui part de l’Allemagne et s’étend jusqu’à la Russie. Cette photographie, où le clinquant et l’esprit « m’as-tu vu » sont aux abonnés absents mais où la délicatesse, le naturel et la mélancolie sont des valeurs essentielles. Et c’est exactement ce qui me plait en photo, la beauté dans sa simplicité.

Des photographes comme Jan Schloz « micmojo », Estergom, Radoslaw Pujan, Albert Finch, Nino Veron, Norbert Sokolowski, Olga Purzycka « Whiskerss »,Philippe Mathern « Vin-gm » et bien d’autres sont autant de personnes m’ayant influencé ou qui m’influencent encore parfois maintenant. Et finalement ce qu’il y a de merveilleux avec la photo outre la joie de faire, produire quelque chose de beau, c’est le partage. Comme dans toute passion, ce qu’il y a de génial, ce sont aussi ces interactions que l’on peut avoir entre personnes passionnées par la même chose. La photographie m’a permis de rencontrer des personnes fantastiques qu’elles soient modèles ou photographes.

Avec les années penses-tu avoir maintenant « ta patte » ? Si oui comment la qualifierais-tu ?
Honnêtement j’aurai du mal à répondre à cette question. Je vais répondre, qu’il se pourrait que oui pour mes photos en extérieur mais cela serait uniquement due au fait que j’utilise principalement un objectif russe tout manuel au rendu reconnaissable au premier regard et qu’il est particulièrement pénible (pour pas dire autre chose) à utiliser…

Du coup, je connais peu de personnes l’utilisant, même si trouver des personnes l’utilisant et qui font avec du bon boulot est pour moi source de grande joie.

Mais en dehors de cette caractéristique due au matériel, je ne pense pas avoir de patte. Je sais ce que je veux en photo et quasiment toutes mes photos ont pour dénominateur commun, la délicatesse, la douceur mais en cela, on est juste des millions à le faire.

Aujourd’hui la photo pour toi est un loisir ou une source de revenue ?
Purement loisir. En fait, je ne shoote que pour mes projets. J’envisage la photo comme une collaboration. J’ai déjà assez peu de temps pour mes shoots (entre 2 et 5 séances par mois en général), de fait je n’aurai pas le temps pour des clients et cela serait au détriment de mes projets perso.

Par le passé, j’avais pris deux années sabbatiques et j’avais donc quitté mon boulot pendant ces deux années. Années pendant lesquelles, j’avais un statut de photographe auto entrepreneur. J’ai pu me rendre compte à quel point cela n’était pas fait pour moi.

La photo reste pour moi un plaisir et doit le rester.Au mieux si je change de job et que je pars dans la vie civile, je me prendrai un statut d’auteur si j’envisageais de vendre mes tirages.

Quel est ton matos ?
Alors je shoote principalement avec mon Canon 5DMKII en numérique.

En argentique, parce que je suis totalement fou d’argentique et ce merveilleux rendu, j’adore mon CONTAX 645 (avec un 80mm). Cet appareil est une pure merveille et son rendu est tout simplement fabuleux.

J’en suis tombé amoureux quand j’avais fait la connaissance d’un de mes amis de la photo, Carl Westergren. Un photographe pro Suédois vivant sur Paris. Nous avions été mis en relation par son frère Wilhelm également photographe sur Bruxelles que j’avais connu par une plate-forme photo sur laquelle je suis toujours.

Carl en plus de faire des photos magnifiques et une personne lumineuse, totalement passionnée par la photo, un érudit comme on en rencontre peu souvent en plus d’avoir un grand cœur. Nous sommes vite devenus amis et en voyant ce CONTAX chez lui, j’ai tout fait par la suite pour me faire ce plaisir.

Sinon j’ai aussi un Nikon f4s (avec un 35mm f2), un mamiya RZ, un Rolleiflex 3,5, un lomo LCA et quelques INSTAX.

Avec le Canon 5DmkII, j’ai un 50mm f1,5, un 24-105mm f4 et un Helios 40-2 f1,4(le fameux objectif Russe casse-noisette).

Si tu devais garder qu’un seul objectif lequel serait l’élu ? Pourquoi ?
Sans questionnement aucun, cela serait mon Helios 40-2. Cet objectif ferait bondir, les personnes recherchant du piqué, celles réfractaires aux aberrations chromatiques et autres personnes désirant un rendu propre.

C’est un anarchiste. Il est très lourd, particulièrement compliqué à l’usage, faire une photo nette avec lui est un exploit pourtant si on est suffisamment tenace pour l’apprivoiser et qu’on aime le flou, il produit des merveilles de bokeh tournoyant.

T’as des outils favoris pour le post traitement ?
Je suis une quiche en retouche. C’est peut être aussi pour cela aussi que j’aime le flou… Je n’utilise pratiquement que Lightroom.

Plutôt photo couleur ou noir et blanc ?
J’adore les deux et tout dépend de comment est pensée la photo à la base au moment de la prise de vue.

Tu as fait de la photo de portrait et plus spécialement de la photo de nu, une de tes spécialités mais pourquoi t’être tourné vers cet exercice ?
Après en avoir en eu marre d’empiler les mouches mortes pour en faire des pyramides pour ensuite les photographier, je me suis effectivement très vite dis que je pouvais peut être photographier la gente féminine.

Le nu n’est pas venu immédiatement pour la simple raison que je ne m’en sentais pas le niveau. J’ai commencé le nu environ 2 ou 3 ans après mes débuts en photos et encore, même encore maintenant j’ai parfois des réticences à faire du nu intégral.

Le nu intégral est particulièrement compliqué dans le sens qu’une personne qui me fait confiance, je me dois de mon côté de tout faire pour respecter au mieux son image Il est très facile de faire n’importe quoi en nu intégral, et comme le disait une « sommité », c’est en faisant n’importe quoi, qu’on devient n’importe qui…

Mais effectivement, il y a pléthore de sujets qui vont m’émouvoir pour peu que les personnes aient de belles choses, mais rien n’est à mon sens plus beau, plus délicat qu’une femme.

Et aussi loin que je me souvienne de mon enfance, j’ai toujours été attiré par les femmes élégantes, terriblement féminines aux personnalités affirmées alors, les photographier m’a toujours paru quelque chose de naturel.

La photo intimiste implique une réelle relation de confiance entre le photographe et le modèle. Comment procèdes-tu pour préparer un shooting ?
Plusieurs de mes copains étrangers au monde de la photo plaisantent à ce sujet. Et nombreuses sont les personnes à faire un amalgame entre nudité et sexualité, pensant que l’un ne va pas sans l’autre.

Et c’est sur ce point qu’il est primordial d’agir qui plus est lorsqu’on shoote principalement des personnes sans aucune expérience photo et qui acceptent la nudité. Autant à Paris, j’avais la chance de pouvoir travailler avec des jeunes femmes d’agence ou comédiennes depuis que je suis en Alsace c’est un peu différent. Les personnes sont tout aussi belles, jolies c’est simplement différent parce qu’elles n’ont bien souvent aucune expérience et donc il faut encore plus les rassurer.

Il faut que la personne qui me fait face, qui me fait confiance comprenne très vite que la nudité, n’est pas une excuse pour se « rincer l’œil » mais qu’elle participe à un sentiment de délicatesse, de grâce dans le rendu final. Et pour cela, il n’y à mon sens pas 40 façons de procéder.

Je considère alors cette personne comme si elle était vêtue, qu’elle s’aperçoive que je me fiche complètement qu’elle soit dévêtue et qu’elle se rende compte que je m’intéresse avant tout aux photos que nous pourrions faire et à elle en tant que personne. Aux fins qu’elle en vienne à oublier au mieux le fait qu’elle soit dévêtue.

Aussi, je parle, je plaisante sans cesse. J’ai ce besoin d’apprendre sur l’autre. Une photo pour une photo est vide de sens si j’ignore qui est cette personne qui me fait face.

Après au niveau de la préparation même du shoot, et de façon plus pragmatique, je ne prépare aucun de mes shoots extérieurs, en intérieur c’est différent, puisque cela s’inscrit principalement dans mes projets, mais en extérieur c’est au feeling.

Que ce soit en ville, dans la nature c’est toujours la même chose. J’aime à marcher, me promener sans trop savoir où je vais et dès que je trouve un spot, je m’y arrête pour y faire quelques photos. Puis on repart en papotant jusqu’au prochain spot.

Un jour à Paris, après avoir fait une séance de ce genre avec une chouette jeune femme, elle avait décrit ma façon de faire de « balade photographique » et au final c’est exactement cela… Je n’ai pas d’autre souhait que de faire des photos qui plairont un minimum aux personnes concernées et qui me plairont également.

As-tu 2 ou 3 astuces pour mettre à l’aise et détendre le modèle devant l’objectif ?
Perso à mon petit niveau, j’en ai qu’un, parler et s’intéresser à la personne. Plaisanter de tout et de rien et la charrier en lui envoyant de petites piques.

En général, une personne qui n’a pas l’habitude de faire des photos va très rapidement à penser à autre chose qu’au fait qu’elle soit en train de se faire photographier par une personne qui lui était inconnue 10 min auparavant.

Et concernant les modèles confirmées, pro, même si elles savent parfaitement quoi faire, c’est quand même aussi plus cool si tout se fait dans la bonne humeur. Donc oui, papoter, blablater dans la bonne humeur.

Depuis tes débuts, quel a été ton plus gros « fail » ?
C’était il y a de cela 3 ou 4 ans avec un de mes amis Photographe, Philippe Mathern « Vin Gm », nous avons l’habitude de shooter conjointement dans des bâtiments abandonnés 3 ou 4 fois par an.

Au début de notre collaboration, ma tâche était de nous trouver une modèle et Philippe qui avait pas mal d’adresses sympas trouvait les lieux abandonnés. Un jour que nous devions shooter dans un centre de vacances pour policiers perdu dans la foret à 1h30 de route de chez nous, j’avais préparé mon matériel photo, mes accessoires.

On part tous les trois. Arrivés sur place on effectue une reconnaissance des lieux et je m’apprête à shooter en premier. D’ordinaire après avoir fait le tour des lieux, on se met d’accord avec Philippe sur les endroits intéressants à exploiter pour nos photos et ensuite on shoote lieux par lieux avec un qui commence et l’autre qui attend pour prendre le relais.

On ne shoote jamais ensemble en même temps et du coup, au moment où j’allais pour commencer mes photos, je m’aperçois que je n’avais pas remis la batterie dans l’appareil photo et qu’elle était restée chez moi dans le chargeur. Petite goutte de sueur qui perle sur ma tempe, parce qu’avec une pellicule dans mon Contax 645, ça me faisait à tout casser 16 photos à réaliser, je n’allais pas aller bien loin.

Du coup, je me suis demandé si je ne pouvais pas réaliser ce shoot avec mon iphone. J’ai ainsi shooté cette jeune femme avec mon tel et je me suis aperçu par la suite en traitant les photos que le rendu était loin d’être dégueulasse, bien au contraire. Depuis cet incident, je réalise systématiquement au cours de mes séances des photos avec mon téléphone et je continue de trouver cela plutôt cool. Bien souvent ce sont des photos que je publie sur mon instagram.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer dans l’exercice mais qui ne savent pas forcement comment commencer ?
Peut-être de savoir prendre le temps et de ne pas vouloir aller trop vite. Commencer à faire des photos simples sans chercher tout de suite à faire du nu par exemple. Ne pas chercher à plaire sur les réseaux sociaux mais avant tout de faire des choses pouvant nous plaire à nous.

Trouver des jeunes femmes ayant des envies de photos n’est pas compliqué de nos jours, entre les sites dédiés photographes et modèles, et les groupes sur les réseaux sociaux, c’est facile. A mon petit niveau, je pense que le plus important au début c’est d’éduquer son regard. Discerner ce qui nous plaît, de ce qui ne nous plaît pas et se poser la question du pourquoi.

Une fois son « style photographique » trouvé, essayer d’analyser la manière dont les photos que l’on aime chez les autres ont été faites. Et pour cela, quoi de mieux que certaines plates-formes dédiées à la photo et de prendre le temps de regarder encore, encore des photos ou de s’offrir de beaux livres photos pour après essayer de se rapprocher de ceux qu’on admire.

Et me concernant ils sont tellement nombreux ceux que j’admire. Tout comme je ne peux que remercier ceux qui à mes débuts comme maintenant ont pris le temps de répondre à mes questions, mes interrogations.

Et remercier toutes ses incroyables femmes que j’ai pu rencontrer durant ces presque 10 ans de photos et qui me font dire, que oui, décidément j’ai beaucoup de chance, et c’est sans parler de la femme avec qui je vis et qui comprend également cette passion.

J’te laisse conclure en nous parlant de ton actu et tes projets à venir.
Pour finir, j’aimerai poursuivre mon petit projet en diptyque qui se nomme « Insecta et Homines » où je fais poser des personnes hommes et femmes torse nu avec des insectes naturalisés sur eux. Je ressens depuis quelques temps davantage le besoin de travailler en séries, chose qui n’était pas le cas avant. Ce sont des séries sans limite de temps.

Certaines pourront être réalisées en quelques mois, pour d’autre il faudra des années. Et puis, j’attends surtout le retour des beaux jours. Je suis définitivement un photographe d’extérieur.

J’ai hâte de pouvoir repartir sur les hauteurs Alsaciennes, Allemandes ou Suisses pour poursuivre mes photos.

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