Lucas Kozak

Né en Haute-Marne, bientôt 26 ans, passionné par le monde du numérique et de l’image, je construis un travail d’auteur avec ma vision de la photographie. Je travaille en médiathèque en tant que médiateur numérique et suis toujours dans le Grand-Est, actuellement à Metz.

Peux-tu nous parler de ton parcours et ta rencontre avec la photographie ?
J’ai rencontré la photographie assez tôt. Déjà petit je trouvais fascinant de pouvoir arrêter le temps et le capturer. A l’adolescence, j’ai eu un flash (haha), j’ai commencé à écrire des petits textes et poèmes que j’illustrais avec des photos (que l’on pourrait qualifier de vernaculaire), puis des autoportraits, comme beaucoup pour m’aider, me rassurer avec moi-même.

Après mes études d’électronique et d’informatique, j’ai intégré l’Ecole de Condé – Nancy pour une formation en photographie. C’est grâce à cette école que j’ai découvert et perfectionné mon regard sur le monde, et surtout le monde urbain.

Comment qualifierais-tu ta « patte » ?
Froide, stricte. Des décors urbains où chacun imagine l’action passée ou à venir.

Tu as un œil très « cinématographique » dans tes clichés. Quelles sont tes influences ?
Quand je n’usais pas la cassette du Roi Lion, c’était Duel de Spielberg que je passais en boucle. Pour vous dire à quel point le hors champ et la tension me fascinaient déjà tout petit.

Aujourd’hui, je suis particulièrement influencé par le cinéma de Michael Mann (il laisse les images parler, elles s’installent dans ton esprit, et créent un rythme), de Friedkin ou du très esthétique Nicolas Winding Refn. Le cinéma qui prend son temps.

En peinture, Hopper évidemment avec ses images hypnotiques. Je suis très attaché au « réalisme ». Il y aurait que la musique comme source pour appuyer un effet « fantastique », comme dans un bon Carpenter. C’est une autre affaire de rythme-là.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ta série « les ombres hallucinées » et ton approche pour ce travail ?
Après un travail sur une ville et sa banlieue (Nancy), j’ai décidé de continuer ma démarche sur une zone plus large : des villages, zones industrielles, routes que je côtoie depuis longtemps. Des endroits génériques où chacun peut ressentir un semblant de déjà-vu. Et j’insiste énormément sur le côté « générique ». Le spectateur ne doit pas sortir de l’image ou avoir un indice de lieu pour que l’ensemble fonctionne.

Cet ensemble, c’est le sujet, mélangé au cadrage qui donne une tension que l’on pourrait qualifier d’inquiétante étrangeté. Cette série est un regard sur moi-même, mes peurs, ma construction, ma psychologie.

La violence visuelle et sonore de la ville m’attire et m’effraie à la fois, moi le petit campagnard. Alors quand je découvre des lieux usés où seule une voiture est dans le coin, j’imagine tout et n’importe quoi.

La photo c’est ça pour moi, mettre l’imaginaire au même niveau que le réel. D’où ‘les ombres hallucinées’, une série vraiment personnelle.

Tu vis d’ailleurs dans une région un peu « oubliée » par les photographes et tes photos sont aussi le moyen de lui rendre hommage. Quelle est, à tes yeux, la particularité de ta région ?
C’est un peu comme un manège usé, il y a énormément de plaines, de champs, des visuels répétitifs.

Puis parfois une zone que tu ne t’attendais pas à découvrir. Et avec un peu de chance, cette zone baignera dans une lumière radieuse. C’est là que tu décolleras avant de retomber sur un circuit balisé. Après tu quittes ton manège, tu sors du rythme classique, et tu pourras voir de la beauté même dans des régions plus ou moins abandonnées par l’homme.

Du coup, je la qualifierai de coquine cette région. Elle cache bien son jeu.

Niveau technique, avec quel(s) matériel(s) shootes-tu ?
J’ai investi pendant ma formation à Nancy dans un 6D, j’ai alors découvert la joie du plein format. Je me balade souvent avec un F90X aussi.  La prochaine étape sera l’argentique moyen format. Mais je travaille également avec les petits capteurs de téléphone.

As-tu un objectif favori ?
J’aime beaucoup le 50 mm (pour preuve, mes 3 séries sur mon site, ont été capturées avec un 50 mm). Un objectif fixe, qui t’oblige à te déplacer, à prendre du recul. Parfait pour dessiner mes décors.

Quels sont tes outils pour le post-traitement ?
Le post traitement chez moi est très minime, je l’utilise avec parcimonie pour ajuster les teintes et les contrastes. Je ne recherche pas l’esthétique parfaite, la sincérité de l’image par contre oui.

Je me permets de jouer simplement avec les couleurs pour renforcer cet aspect étrange. Et pour appuyer ces décors assez froids, j’utilise la transformation pour redresser les images au bon niveau.

Tous les photographes ont déjà connu un moment de solitude lors d’une sortie. Quel a été le « fail » le plus mémorable depuis tes débuts ?
Un parking, photographier un bâtiment en arrière-plan, avec un morceau de voiture à la limite du cadre. Déclencher. Entendre un mec me courir après. Il voulait que j’efface la photo à cause de la voiture.

Je n’ai pas cherché à comprendre vu son comportement, je savais que j’avais déclenché au mauvais moment, au mauvais endroit. Tout ça pour des pizzas, rhalala !

Si on donnait la parole à ton appareil, que nous révèlerait-il sur toi ?
Que je vis dans une bulle prête à éclater, où je dois toujours être en mouvement sous peine de devenir fou.

J’te laisse conclure et nous parler de ton actu et de tes projets à venir.
Je poursuis mes recherches photographiques avec le monde réel mais aussi les mondes numériques. J’ai déjà expérimenté par le passé la réalisation de screenshoots avec des jeux vidéo (un terme que je déteste, employons plutôt expériences virtuelles), où je copie ma véritable démarche photographique dans des expériences virtuelles à monde ouvert. Mêler images réelles et virtuelles.

J’écris sur mon blog, où je parle de mes influences en détail, et je compte réécrire par la suite des textes. Je suis également présent dans un projet de webmagazine « Les 4 mémoires », où moi et 3 amis présentons des thématiques photographiques bien à nous, une manière différente de présenter nos travaux l’on va dire.

Et là je vois l’avenir au jour le jour, je ne sais pas encore si mes yeux lâcheront un peu l’urbain ou non. Ou si je laisse ce thème littéralement m’aveugler.

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