Laurent BAHEUX

Je suis photographe professionnel avec une thématique de prédilection, la nature et les animaux, que je traite exclusivement en noir et blanc. Je suis né en 1970 à Poitiers

profile-laurent-baheuxPeux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours ? As-tu des influences particulières ?
J’ai débuté en photographie par la voie des médias lorsque je pigeais pour un quotidien régional à Poitiers. A l’époque, je suivais l’actualité sportive et écrivais les comptes rendus des rencontres. La rédaction en chef m’a demandé si je pouvais illustrer mes articles par des photos prises lors des événements. J’ai accepté et peu à peu, mon goût pour l’image a pris le pas sur mon goût pour le texte. J’ai fini par me consacrer entièrement à la photographie et plus spécialement, la photo d’actualité.

J’aime les images en noir et blanc et je suis inspiré par des photographes dont le travail s’appuie sur cette technique. Je pourrai citer notamment Ansel Adams, Peter Beard, Richard Avedon, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau ou encore Sebastiao Salgado.

Laurent BAHEUX | rhinos quartet - Kenya 2013
Laurent BAHEUX | rhinos quartet – Kenya 2013

Tu étais photographe sportif à l’origine, quel a été l’élément déclencheur de ce basculement vers la photo animalière ? Qu’as-tu appris de la photo de sport qui est très utile pour toi maintenant ?
La photo de sport est très prenante, très intense et c’est aussi une formidable école.

Lorsque j’ai commencé à photographier l’Afrique en 2002, je n’avais pas d’objectif précis. Je suis parti là-bas sans pression, ni exigence puisque je ne répondais pas à une commande éditoriale.

Je me suis fait plaisir en commençant un travail personnel en n&b sur cette magnifique faune sauvage à contre courant de mon métier de photojournaliste dont l’évolution, balisée et banalisée, ne satisfaisait plus ma soif d’inspiration. Cela constituait presque une thérapie nécessaire en réaction au mode de vie urbain auquel je commençais à devenir allergique.

Laurent BAHEUX | cheetah before the rain - Kenya 2006
Laurent BAHEUX | cheetah before the rain – Kenya 2006

Cinq ans plus tard, lors de ma première exposition, j’ai vu dans le regard des gens quelque chose que je n’avais jamais vécu auparavant : le public était touché et voyait dans ces animaux des personnalités à part entière, dotée d’émotions et de sentiments.Certains se projetaient, d’autres faisaient des comparaisons et pourtant, moi, je n’avais jamais vu aucune différence entre l’Homme et l’animal. Je n’ai pas de vision anthropocentrée.

J’ai le sentiment qu’aujourd’hui l’humain manque de repères, qu’il s’est quelque peu égaré en chemin : il a oublié d’où il vient et ne sait plus trop où il va.

Tu es aujourd’hui, entre autres, une tête d’affiche d’une des plus grandes enseigne de la photographie : Yellow Korner. Quel a été ton cheminement pour en arriver là ?
Ma collaboration avec YellowKorner remonte au début de leur aventure. C’est un partenariat basé sur l’échange et l’émulation. Je fonctionne beaucoup au feeling et nous nous sommes tout de suite très bien entendus.

Mon cheminement est comme ça : l’opportunité des rencontres et l’envie d’essayer de nouvelles choses. Je suis curieux de nature et j’aime bien l’imprévu.

Laurent BAHEUX | cheetah portrait - Kenya 2013
Laurent BAHEUX | cheetah portrait – Kenya 2013

Quel est ton équipement photo ?
J’utilise deux boîtiers, un Nikon D4 et un D800.

J’ai aussi plusieurs objectifs : AFS 800/5.6 VR, 600/4 VR, 300/2.8 VR, 80-400 VR ED, 70-200 2.8 VR2, 24-120/4 VR.
J’ai un monopod que j’utilise peu, voire quasiment jamais, car je préfère porter le matériel à bout de bras.

Liste de mon équipement :
Batteries, jumelles Nikon-10-22 x 50, adaptateur de prises international
Objectifs Nikon 800mm 5.6 VR, Nikon 80-400mm VR II, Nikon 70-200mm 2.8 VR II, Nikon 24-120mm, Nikon 18-35mm.
Boîtiers: Nikon 1 V2, Nikon D3, D4, D800.
Ordinateur MacBook Air et disque dur externe Western Digital
Monopode.

Laurent BAHEUX | elephant the road is closed - Kenya 2015
Laurent BAHEUX | elephant the road is closed – Kenya 2015

Si tu ne devais en garder qu’un, quel objectif aurait tes faveurs et pourquoi ?
Mon objectif favori est le 800 mm car c’est idéal pour photographier les animaux sauvages sans les déranger ni les mettre en danger et il est aussi moins lourd que mon ancien 600 mm.

Quel(s) logiciel(s) utilises-tu pour le post traitement ?
Lightroom

Au cours de tes années photo, as-tu en mémoire un « fail » qui aura, avec du recul, été une bonne leçon ?
Probablement mais comme je suis quelqu’un d’optimiste et qui va de l’avant, je vois toujours le verre à moitié plein !

Laurent BAHEUX | hugs of lioness - Kenya 2006
Laurent BAHEUX | hugs of lioness – Kenya 2006

La rencontre avec les animaux sauvages est toujours unique et leurs réactions aussi. As-tu un mode de fonctionnement prédéfini avant tes sorties pour réussir à capter au mieux leurs expressions et éviter les situations dangereuses ?
Je travaille à l’instinct, avec mes tripes, je cherche à ressentir les choses sur l’instant avec la matière que la nature veut bien m’offrir et au moment où ça se passe.

La photo de nature, comme la photo de sport, a cela de particulier qu’il est quasiment impossible qu’une même scène se produise deux fois de la même manière, au même endroit, avec la même lumière. Même en face d’un paysage, il faut être prêt car l’ambiance que l’on a sous les yeux est souvent éphémère.

Pour la sécurité, c’est une question récurrente.Pourtant, si on respecte les règles sans s’immiscer ni déranger les animaux, il n’y a aucun danger possible. D’ailleurs, je ressens moins de danger à saisir l’intimité des animaux sauvages qu’à vivre parmi les hommes.

Laurent BAHEUX | giraffes in harmony with their natural setting - Kenya 2013
Laurent BAHEUX | giraffes in harmony with their natural setting – Kenya 2013

Lors de tes nombreux voyages, quel a été ton plus beau souvenir avec ces animaux exceptionnels  ?
Voici la petite histoire de la photographie la plus inattendue qu’il m’a été donné de prendre en Afrique. En cette fin de matinée, la brume s’est levée, le ciel est clément et la lumière est douce au cœur de la caldeira du Ngorongoro. L’ancien volcan est un site d’exception ; le territoire est classé au patrimoine mondial de l’Unesco parce qu’on y trouve presque tous les représentants de la grande faune africaine.

Il ne fait pas encore trop chaud. Nous avançons tranquillement avec Morris, mon expérimenté chauffeur Kenyan, qui nous guide vers une petite troupe de zèbres. Rien à signaler, excepté un jeune zébron gentiment excité qui cabriole autour des adultes.

Je le suis l’œil dans l’objectif lorsqu’il grimpe soudainement sur un talus et se retrouve juste derrière sa mère. À hauteur idéale pour franchir l’obstacle en revenant face à moi. Surpris mais concentré, je déclenche. Morris, qui a observé la scène est encore plus euphorique que moi : « Laurent est-ce que tu l’as ? Est-ce que tu l’as ? » En une vingtaine d’années à parcourir les pistes, il n’a jamais vu ça. Moi non plus. C’est un comportement inédit que l’on ne peut expliquer que par le jeu ; et une image originale.

Laurent BAHEUX | Cratère du Ngorongoro – Nord Tanzanie – Mai 2007
Laurent BAHEUX | Cratère du Ngorongoro – Nord Tanzanie – Mai 2007

Je n’aurais bien sûr jamais osé imaginer faire cette photo, capturer cet instant si incroyable et si éphémère. La nature, généreuse, m’a offert un moment rare. Cette expérience n’a fait que renforcer mes convictions, à savoir que je ne prépare pas mes prises de vue.

Comme beaucoup de photographes voyageurs, ton meilleur compagnon reste ton appareil… si on lui donnait la parole, que nous dirait-il (d’avouable) sur toi ?
Que je ne prends pas toujours soin de lui..

En tant qu’amoureux de la faune et de la flore,  je crois savoir que tu es engagé pour la cause environnementale.
Y’a-t-il un message que tu souhaites faire passer à ce sujet ou un constat qui t’as tristement marqué sur le terrain ?
J’ai le souhait de préserver le spectacle d’une nature primitive et de militer à la défense des animaux auxquels je veux rendre hommage en magnifiant leur âme et leur individualité.

Dans Album de Famille de l’Afrique Sauvage, mon dernier livre, j’exprime le lien filial intime qui existe entre les mammifères du continent noir et nous, mammifères humains. Comme nous, les animaux ont des émotions et des sentiments. Comme nous, ils ont une vie sociale avec des devoirs et des responsabilités. Comme nous, ils ont une famille avec des enfants.

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Ce n’est pas parce que nos morphologies et nos modes de communication sont différents que les animaux sont des sous espèces.Nous vivons sur la même planète et faisons partie d’un tout.Pour moi, nous sommes une seule et grande famille : celle du vivant et en ce sens, nous devons absolument les protéger et a minima, les respecter.

J’aimerais que mon travail réveille notre perception des bêtes et les place dans notre univers personnel parmi nos instantanés de vie et nos albums de famille. Je veux être une voix pour ceux qui n’en ont pas, un porte parole (en images) de la cause animale.

J’te laisse le mot de la fin pour nous parler de ton actu et tes projets.
J’ai plusieurs expositions et tournées programmées dans les prochains mois. L’essentiel de mon actu est annoncée sur mes réseaux sociaux. Quant à mes projets, j’en ai plein la tête car j’ai envie d’explorer partout où la nature s’exprime avec un grand N.

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