Jérôme OBIOLS

Je m’appelle Jérôme Obiols, je suis Lyonnais, j’ai 38 ans et 2 enfants.
J’ai deux métiers, celui d’ingénieur R&D qui est mon activité principale, et auteur photographe, dont je vais vous parler ici.

profile-jerome-obiols-photographerParle nous un peu de ton parcours pour arriver au Jérôme d’aujourd’hui. Quel a été le moment qui t’a fait prendre conscience que tes photos pouvaient plaire au plus grand nombre ?
J’ai acheté mon premier réflex avant l’an 2000, mon parcours photographique a donc commencé à l’ère argentique. J’ai commencé par de la photo urbaine en N&B, je développais moi même mes tirages. Puis j’ai découvert les Alpes au début des années 2000 et je me suis passionné pour la montagne. Je me définis comme un photographe paysagiste montagnard.

Le moment qui m’a fait prendre conscience que mes photos pouvaient plaire au plus grand nombre a été le fait de me lancer dans ma première exposition photo, en 2013, à Chamonix. Cela m’a donné envie de continuer.

Les lumieres du Col du Lauratet de nuit. En arriere plan, le Pic Gaspard et la Meije. Massif des Ecrins.
Les lumières du Col du Lauratet de nuit. En arrière plan, le Pic Gaspard et la Meije. Massif des Ecrins.

Comment qualifierais-tu ta « patte » ? As-tu des influences particulières ?
Question difficile que celle de la « patte », je ne suis pas certain d’avoir la réponse… Cela dépend du type d’image dont on parle et de la série qu’elle a vocation à intégrer. Je recherche surtout l’homogénéité dans le style, tout en restant sincère et en cherchant à faire s’évader le spectateur et tenter de lui faire ressentir par le moment vécu sur place. C’est très difficile.

A mes débuts je me suis beaucoup inspiré des photographes comme Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson et surtout Willy Ronis. Concernant la photo de montagne, ce sont deux photographes américains qui me viennent immédiatement à l’esprit. Comment ne pas citer Ansel Adams, et Galen Rowel, qui furent tous deux visionnaires. Plus près de nous, j’apprécie beaucoup la vision des montagnes que propose d’Alexandre Deschaumes et aussi, dans un tout autre style, Emmanuel Boitier.

Massif du Mont Blanc.
Massif du Mont Blanc.

Pour toi la photo aujourd’hui est un loisir ou une source de revenu ?
La photo n’est malheureusement clairement pas pour moi une source de revenu important car je ne peux pas y consacrer suffisamment de temps. Il faudrait pour cela que je m’y consacre au moins à mi-temps. Entre produire de bonnes photos et les vendre il y a un monde que beaucoup de personnes sous-estiment voire ne s’imaginent même pas : préparer des expositions/festivals et y participer, rechercher des clients, identifier leurs besoins, les suivre et leur faire des propositions régulières, faire des devis et des factures, tenir une comptabilité en bonne et due forme, établir ses déclarations fiscales… Tout ce travail commercial et administratif est énormément chronophage.

Quel est ton matos ?
J’utilise un réflex numérique Nikon D810, associé à beaucoup (trop ?) d’objectifs allant du 14 au 300mm.

Les lumieres de Grenoble la nuit se refletent sur les nuages et les eaux du lac Guichard. Col de la Croix de Fer.
Les lumières de Grenoble la nuit se reflètent sur les nuages et les eaux du lac Guichard. Col de la Croix de Fer.

Je privilégie à chaque fois que je le peux des focales fixes lumineuses à la fois pour leur qualité d’image mais surtout pour leur grande ouverture qui permet ainsi une grande variété d’utilisation. J’ai constaté au fil des années que je faisais de meilleures images avec des focales fixes qu’avec des zooms. Ainsi, je n’ai que deux zooms, un Nikon 16-35mm f/4 VR qui m’accompagne dans les courses d’alpinisme difficiles en montagne où il ne m’est pas possible techniquement de changer d’objectif rapidement et un Nikon 70-200mm f/4 VR que j’emmène lorsque je dois impérativement limiter le poids de mon sac.

La plupart du temps, lorsque je suis moins contraint par le poids, on retrouvera dans mon sac un 21mm f/2.8, un 28mm ou un 35mm f/2, un 50mm f/1,4, un 100mm f/2, toute des optiques fixes manuelles Carl Zeiss, marque avec laquelle j’ai signé un accord de partenariat en 2016. Actuellement, plus de 70% de mes images sont réalisées avec ces optiques.

En fonction des sorties, je peux être amené à rajouter un téléobjectif de 300mm f/4. Enfin, pour mes photos de nuit, j’utilise un 24mm f/1.4.

Si tu devais ne garder qu’un seul objectif. Quel serait-il et pourquoi lui ?
Encore une question pas simple. On n’a pas droit à deux ? Un 28mm et un 50mm ? 🙂

S’il ne fallait un garder qu’un, ce serait probablement mon Carl Zeiss Milvus 50mm f/1.4, qui a une qualité d’image extraordinaire et surtout un rendu aux grandes ouvertures vraiment exceptionnel. Le flou qu’il produit (bokeh) est magnifique. 50mm est une focale que j’apprécie en paysage car elle est proche de l’angle de vision de l’œil humain et permet de mettre en valeur les arrières plans (au contraire des grands angles qui font la part belle aux premiers plans), et que dans mes photos on trouve souvent à l’arrière plan… des montagnes.

Aiguille des Deux Aigles dans la brume et les nuages dans les Aiguilles de Chamonix, massif du Mont-Blanc. Cette aiguille rocheuse de granit se situe en haute-montagne et est pointue et effilee. Le noir et blanc lui confere une atmosphere et ambiance mysterieuse.
Aiguille des Deux Aigles dans la brume et les nuages dans les Aiguilles de Chamonix, massif du Mont-Blanc. Cette aiguille rocheuse de granit se situe en haute-montagne et est pointue et effilée. Le noir et blanc lui confère une atmosphère et ambiance mystérieuse.

Des outil(s) favoris pour le post traitement ?
J’utilise Ligthroom CC pour développer mes fichiers raw, associé lorsque que le besoin s’en fait sentir (essentiellement pour les photos de nuit) à Photoshop CC pour ses plus vastes possibilités en matière de traitement sur des zones localisées.

Néanmoins, 95% du post-traitement que j’effectue est réalisé sous Lightroom qui est un outil très complet et pratique.

Lever de soleil coloré à Plan du Lac. Parc National de Vanoise.
Lever de soleil coloré à Plan du Lac. Parc National de Vanoise.

Quel a été ton plus gros « fail » ?
Je n’ai pas souvenir de gros « Fail » en matière de photo et tant mieux! Mais plutôt d’une multitude de petites looses à commencer par les looses météo (ne pas parvenir à sortir de la mer de nuages ou bien carrément ne pas partir). Oublier le support de trépied et s’en apercevoir après 3h de marche c’était pas mal non plus.

Pour ta série « Étoiles et Montagnes », tu parcours les montagnes par tous les temps. Qu’emmènes-tu avec toi lors de tes sorties ?
D’un point de vue technique, c’est simple, je prends une frontale, mon trépied, une télécommande filaire, mon boitier et le 24mm f/1,4 (mais vu qu’en dehors de la nuit, il fait jour, je prends aussi le reste !). Ensuite, tout dépend du lieu de prise de vue et de la saison.

Sur des lieux peu éloignés de la voiture (moins 2h de marche) je passe rarement la nuit sur place et préfère faire vite et léger sans m’encombrer inutilement. Ceci implique de marcher de nuit à la frontale, mais étant alpiniste, j’y suis habitué et cela ne me pose pas de problème, je sais bien trouver mon chemin. En revanche j’avoue que rentrer seul par nuit noire dans les forêts sombres à voir des yeux qui brillent à 10m de vous ou des bouquetins assoupis sur le chemin qui vous filent la frousse de votre vie en détalant dans vos pieds c’est pas terrible mais il parait que c’est bon pour le cœur. Tomber sur des patous en pleine nuit non plus, je préfèrerais rencontrer un loup !

Sur des spots éloignés, je dors soit en tente soit en refuge. Même en plein été, lorsqu’on est à plus de 2000m d’altitude, on ressent vite le froid à force de rester immobile. J’emmène donc gants, bonnet et une doudoune légère, qui se révèlent à chaque fois indispensables.

Ferme dans la brume au crepuscule au col des Aravis.
Ferme dans la brume au crépuscule au col des Aravis.

Parles-nous un peu de ton mode opératoire pour réussir à capter au mieux le ciel étoilé ?
Le travail de préparation commence à la maison, avec l’étude de la météo, la position/phase de la lune et le choix du lieu. En effet il est illusoire de se promener de nuit et de se dire tient je vais m’arrêter ici et faire une photo. Le repérage de la composition doit être fait de jour en tenant compte de la position future des étoiles et de la voie lactée. Plusieurs outils existent pour prévoir cela et j’utilise personnellement Stellarium.

Il s’agit donc de trouver le bon créneau où : vous êtes disponibles, il n’y a pas de lune dans le ciel, où il fait beau, et où il n’y a pas de voile atmosphérique venant gâcher les photos. En tenant compte du fait que la portion de la voie lactée la plus intéressante est visible uniquement de mai à septembre, vous pouvez facilement comprendre que les occasions où tous les éléments sont réunis sont au final assez rare.

Une fois sur place, il faut au préalable faire une mise au point parfaite car à f/1,4 le moindre écart va engendrer une photo floue. Et force est de constater que les objectifs autofocus modernes ne nous aident pas pour cela, car de nuit l’AF est inopérant et les bagues de mise au point très peu précises. Une fois cette étape passée, le plus dur est fait, il ne reste plus qu’à composer l’image régler le boitier à une température de couleur assez basse (entre 3000 et 4000K) et l’exposition (env. 1600 à 3200 iso pour f/1,4 pendant 10 à 15s pour un 24mm) et de déclencher !

Face ouest des Drus (3754m) en hiver sous la neige au coucher de soleil. Un rayon de lumiere ephemere eclaire cette belle aiguille d'une teinte rose pourpre. Massif du Mont-Blanc.
Face ouest des Drus (3754m) en hiver sous la neige au coucher de soleil. Un rayon de lumière éphémère éclaire cette belle aiguille d’une teinte rose pourpre. Massif du Mont-Blanc.

La montagne est parfois capricieuse et imprévisible, quel a été ton pire souvenir de sortie photo ? As-tu 2/3 astuces pour protéger au mieux le photographe et son matos photo ?
Les conditions les plus difficiles que j’ai rencontrées sont en hiver, lorsque le vent, le froid et la neige s’unissent pour vous geler de la tête aux pieds. L’équipement vestimentaire est à ne pas prendre à la légère en hiver, il faut bien connaître son corps et ses points faibles (les mains et les pieds en ce qui me concerne) et s’équiper en conséquence avec de bons vêtements techniques. D’un point de vue photo il faut choisir du matériel « weather sealed » à savoir prévu pour résister à poussière, la neige et à de courtes périodes de pluie. C’est le cas de plupart de mon matériel. Si la pluie est intense, il est important de protéger son matériel dans des housses ou sacs plastiques en veillant à bien le sécher au retour. En effet, la plupart des sacs à dos finissent tôt ou tard par prendre l’eau.

Dans les grands espaces, le seul qui se retrouve avec toi est souvent ton appareil… que nous avouerait-il sur toi ?
Que je suis quelqu’un d’organisé, d’appliqué et persévérant. Aussi un peu fainéant parfois quand il s’agit de se réveiller à 2h du matin !

Image de nuit du massif du Mont-Blanc avec la voie lactee au dessus du Mont-Blanc et de la vallee blanche (mer de Glace).
Image de nuit du massif du Mont-Blanc avec la voie lactée au dessus du Mont-Blanc et de la vallée blanche (mer de Glace).

J’te laisse conclure et nous parler un peu de ton actu et/ou tes projets à venir.
L’automne est pour moi la saison où j’expose. Vous pourrez me rencontrer sur les festivals photo suivants :

J’y exposerai ma série « Étoiles et Montagnes ». Une exposition consacrée aux paysages nocturnes en montagne, où les lumières de la nuit remplacent celles du soleil et qui vous permettra de découvrir autrement la photographie de paysage en montagne.

Concernant mes projets à venir, je travaille actuellement sur une série en noir et blanc que j’espère exposer d’ici 2 ans et une autre, un peu plus secrète… Vous pourrez avoir des indices en suivant mon actualité sur ma page Facebook et mon site internet.

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