Elux Le Clampin

Je m’appelle Elux, j’ai 38 ans, j’habite l’île de la Réunion, je suis acheteur et photographe.

Parle-nous un peu de ton parcours et de ta rencontre avec la photo ? As-tu des influences particulières ?
J’ai toujours aimé la photo, petit je voyageais souvent avec mes parents, il ne fallait vraiment pas me laisser l’appareil toute la journée, j’explosais littéralement le budget pellicule et développement. A un moment, ils en ont eu marre, ils m’ont acheté un argentique Fuji avec un zoom intégré. Je devais avoir 10/12 ans.

Vers 18/20 ans je me suis acheté un bridge Konica Minolta, mais cela restait de la photo occasionnelle. A l’époque ma passion c’était la musique. J’étais bassiste.

Le virus m’a pris à la fin de mes études, je devais avoir 27/28 ans, mais ne travaillant pas, je n’avais pas les moyens de m’acheter un reflex. J’ai donc attendu d’avoir mes premiers sous de côté après avoir commencé ma vie active pour m’acheter un dinosaure de reflex, un Sigma SD14. Ce fut mon premier vrai appareil, le champ des possibilités s’ouvrait enfin à moi. Il ne me restait plus qu’à savoir quoi faire.

J’ai donc fait comme tout le monde je pense, j’ai embêté mon entourage, mes chiens et j’allais en ballade pour faire un peu de macro et de paysage.

Puis un jour, j’en ai eu marre d’embêter les gens, je me suis dit que je devrais faire des photos avec des personnes qui en ont vraiment envie. Après quelques recherches sur internet je me suis retrouvé sur book.fr et il y avait je crois deux books de modèles réunionnais en ligne. J’ai écrit à Elodie, elle m’a dit oui. On a shooté 2 heures, elle avait de l’expérience contrairement à moi. J’étais stressé, j’ai dû prendre au moins 2000 photos. Et j’ai adoré ça.

J’ai donc décidé de shooter des filles, un film m’avait marqué en termes d’images, c’était Virgin Suicides de Sofia Coppola. J’avais envie que l’on retrouve dans mes photos ce sentiment mélancolique et éthéré que j’ai ressenti en regardant le film. Je me suis acheté un Nikon D90 et un Fuji S5 pro, le virage était pris, ça s’est enchainé très vite ensuite. La photo est une passion chronophage, je bossais la journée, je shootais dès que je pouvais et je travaillais ma post production tous les soirs jusqu’à pas d’heure au lieu de dormir.

Tu es photographe pro depuis maintenant quelques années mais comment s’est opérée cette professionnalisation ? Y’a-t-il eu un élément déclencheur particulier ?
L’élément déclencheur fut simple, j’avais beaucoup de demandes que je refusais. Des amis photographes pro m’ont dit que je devrais me déclarer, même si cela n’était pas mon métier principal. Que j’avais de la demande, qu’il était dommage de ne pas la satisfaire quand je le pouvais. Que c’était une chance dans ce milieu.

Après un rendez-vous pris à la chambre consulaire pour les formalités d’inscription, je fis mon premier pas dans le monde intrépide de la photographie professionnelle. Au début, je ne savais pas dire non, j’acceptais tout le monde, c’était la découverte, j’ai adoré faire des photos de grossesse et d’enfants. C’étaient de nouvelles sensations, c’était génial. Mais comme j’avais déjà un métier principal qui me prenait de plus en plus de temps j’ai dû être plus sélectif. A un moment mon travail ne me permettait plus d’accepter des séances payantes car j’avais un planning qui bougeait continuellement.

Ma vie professionnelle était faite d’imprévus et était devenue très stressante, en acceptant des clients je me retrouvais à travailler 7 jours sur 7, c’était la fin du plaisir, la fin de la photo passion, mes journées n’était plus assez longues. J’ai donc arrêté partiellement, je dis partiellement, car n’étant pas dépendant financièrement de la photo, j’ai le luxe d’accepter les clients qui me touchent, me parlent.

A côté de cela, j’avais aussi beaucoup de demandes pour des ateliers de prise de vue et de post production. C’est un autre côté de la profession, en tant qu’ancien contractuel de l’éducation nationale, je prends beaucoup de plaisir à enseigner et à partager.

Quelles sont pour toi, les 3 qualités d’un photographe pro ?
Je pense que le plus important c’est la cohérence. Il faut avoir une approche cohérente dans la réalisation de son projet professionnel. Et surtout ne pas oublier que faire de la photographie son métier c’est parler argent et photographie.

Beaucoup de gens ont une vision idéalisée de ce métier, mais c’est un métier dur ou la concurrence est rude. Les journées de 18 heures sont monnaie courante en mariage.

Je dirais donc de la cohérence, de la persévérance et avoir du style.

Avec quel matériel shootes-tu ?
*
J’ai beaucoup acheté de marques et d’objectifs. Au final j’ai rationalisé mon parc photo. Il me reste un D800, un 24-70 nikon , un 70-200 nikon, un 50 mm 1.4 nikon et un 85 mm 1.4 sigma.

Je songe à m’acheter un hybride bientôt. Je voyage beaucoup pour mon travail, et j’ai besoin d’un équipement plus léger.

Parmi tes objectifs, lequel t’es indispensable ? Pourquoi ?
Bonne question, elle est assez complexe pour moi en ce moment. L’année dernière j’aurais dit mon 85 mm sans hésiter.  Mais aujourd’hui je shoote beaucoup au 50 mm et aussi au 24-70.

J’adore le rendu du 85 mm, c’est souvent le même rendu que j’ai en tête. Je trouve que c’est une focale magique, j’aime shooter de prés, j’aime serrer mes cadrages et j’adore son bokeh.

Cependant au fil du temps j’ai ressenti son manque de polyvalence. Et je me suis mis au 24-70, focale que j’ai toujours détestée et que j’adore maintenant. Mais son ouverture à 2.8 est limitante, la suite logique était donc le 50 mm que j’utilise autant que le 85 mm aujourd’hui.

Quelle place occupe aujourd’hui le post-traitement dans ton travail ? Sur quel(s) logiciel(s) travailles-tu ?
La post-production occupe une place importante. J’ai longtemps cherché un workflow qui me convienne, c’est une partie intégrante du travail de photographe dans laquelle on doit prendre du plaisir. C’est une démarche « artistique » ou on doit sublimer un matériau brut (le raw). J’aime travailler la lumière pour renforcer ce qui se dégage de la photo.

Tu as fait du portrait une de tes spécialités mais qu’est ce qui te plaît le plus dans cet exercice ?
Ce que j’aime dans le portrait c’est la sensation que me procure le fait d’avoir pu saisir le bon moment, la bonne attitude, le bon regard. Ce moment où on peut limite arrêter la séance car on ne fera pas mieux. J’aime travailler à maximiser mes chances de pouvoir capter ce genre de moment ou modèle et photographe sont connectés quelques secondes.

Pour le portrait, plutôt lumière naturelle ou artificielle ?
Je dirais lumière naturelle mais c’est un choix par dépit, j’adore bosser aux flashs mais j’en ai eu marre de monter et démonter mes boites à lumières, pieds et flashs. Et surtout j’ai décidé de ne plus tout déplacer dans mon salon pour en faire un studio pendant 3 heures. Quand je vivais seul, j’avais juste plus de salon, c’était devenu un petit studio.

D’ailleurs j’ai fait une série à la Terry Richardson dernièrement afin de pallier à mon envie de studio en utilisant un seul flash

Exercice difficile, le portrait implique une relation de confiance avec son modèle. Comment procèdes-tu généralement pour préparer au mieux une séance ?
Je pense que tout dépend du type de modèle que l’on choisit. Si elle est expérimentée ou pas. A mes débuts je faisais un gros travail en amont, car je shootais des néophytes comme moi et elles comme moi avions besoin d’être rassurés. Aujourd’hui, je vois les choses autrement, je suis beaucoup plus concis et je peux paraitre un peu froid par mail je pense, mais c’est juste que je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas.

Quand je contacte une personne pour des photos et qu’elle est d’accord pour faire une séance, je pose quelques questions simples et j’envoie quelques inspirations pour le posing pour savoir ce qu’elle fait ou pas, ce qu’elle aime ou pas, cela permet de dessiner les contours de ce que l’on fera en séance. Il ne reste plus qu’à s’amuser ensuite

As-tu 2-3 conseils à donner à ceux qui veulent se lancer dans cet exercice mais ont parfois du mal à mettre à l’aise leur modèle ?
Oui un seul en fait, il faut dire au modèle ce que vous souhaitez faire avant la séance et pas pendant. Y-à rien de pire pour jeter un froid. Surtout si la séance aborde la nudité. Et si vous faites du nu respectez l’intimité du modèle

Depuis tes débuts dans la photo, quel a été ton plus gros fail ?
Joker, non je déconne. La plupart sont dus à de l’incompréhension et à un manque de communication. Mais la fois où c’était le pire, c’est quand deux cartes (SD et CF) ont cramé dans mon boitier et que j’avais trois shoots de dingues dessus. Ce qui est horrible c’est que j’ai pu récupérer des photos, mais aucune des meilleures.

D’habitude, j’ai un jeu de cartes par séance mais là non, j’étais en voyage, je l’ai pas fait et je m’en suis mordu les doigts. Je remercie d’ailleurs les modèles de ne pas m’avoir incendié. Je crois que juste au son de ma voix, elles ont dû comprendre que j’étais encore plus dégouté qu’elles

Si nous donnions un peu la parole à ton appareil, que nous dirait-il ?
Mon D800 et mes objectifs diraient :  » Arrête de dire qu’on est lourds et que tu ne veux plus nous trimballer avec toi « .

J’te laisse conclure en nous parlant de ton actualité et des projets à venir.
J’ai rarement de projets précis, je trouve cela ennuyeux et toujours décevant. J’aime les grandes lignes et le spontané. J’aimerais continuer la photo, continuer à rencontrer du monde sympa, j’adorerais faire un workshop avec un grand monsieur de la photo, et tester un style de photos différentes comme du reportage.

J’aime shooter les gens, j’aime shooter l’ordinaire, je trouve cela très beau. Mais il faut du temps, savoir errer et avoir un talent certain, à ce jour je n’ai pas les qualités requises. Un grand photographe de la Réunion à qui j’ai demandé des conseils sur mon style un jour de doute m’a répondu que je me posais les mauvaises questions, et que la seule question valable était de savoir « qu’est-ce que je recherchais à travers la photo ? ».

Il avait entièrement raison. Voilà donc mon projet à venir.

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