Dominique AGIUS

J’ai 48 ans, basé à Nice et artisan photographe.

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours ? De quand date ta rencontre avec la photo ?
J’ai l’impression que la photo a toujours été présente dans ma vie. Mon père faisait beaucoup de photo et je me suis acheté mon premier boitier vers 15 ans.

Simple curieux, je ne cherchais pas à créer des clichés exceptionnels. J’étais juste fasciné par cette possibilité de capturer l’instant.

Par la suite, j’ai étudié aux Beaux Arts. J’y ai reçu une formation artistique riche et j’ai appris à regarder le monde avec un œil plus pertinent, plus critique. L’apprentissage de la photographie est venu attiser ma curiosité et m’a permis de faire mes armes en labo. Pendant 4 ans, j’ai échafaudé des projets très variés alliant arts plastiques et photo.

Tu es aujourd’hui photographe professionnel. Y’a-t-il eu un élément déclencheur qui t’a fait prendre conscience qu’il était possible pour toi de vivre de ta passion ?
En devenant photographe professionnel, je n’avais aucune certitude sur la possibilité de vivre de cette passion. Par contre, il était vital de quitter le monde du salariat et d’exploiter ma passion pour l’image.

À cette époque, je ne cherchais pas à en vivre mais juste à m’épanouir en dehors des formats professionnels conventionnels qui manifestement ne me convenaient plus.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui voudraient se lancer ? Y’a-t-il des pièges à éviter ?
Avant tout, ne pas perdre la passion ! Il n’y a rien de pire que d’avoir le sentiment d’aller bosser quand on travaille dans un domaine artistique.

Puis il faut bien peser le pour et le contre. Principalement au niveau financier. Il faut être prêt à galérer pendant un temps pouvant aller de plusieurs mois à quelques années. Tout le monde est photographe de nos jours. Avoir un numéro de SIRET est simple et rapide. La concurrence est rude et les clients peu informés du vrai métier de photographe. Trouver sa vitesse de croisière et faire son trou prend du temps.

Il faut se diversifier aussi. Rester dans sa zone de confort est réducteur et met une étiquette sur les photographes qui deviennent vite catégorisés. Ce qui est réducteur en terme de contrats potentiels.

D’où la nécessité de ratisser large. Pour ma part, j’ai un studio que je loue et dans lequel je travaille. J’ai été aussi photographe de presse. Je donne des cours sur l’utilisation de Photoshop en université. Je donne des formations privées et collectives très régulièrement. Je fais du portrait, des photos d’architecture, d’évènementiel, corporate, et bien d’autres choses liées à la photo et à l’image.

Penser que l’on peut vivre de la vente de ses photos est une erreur ! Penser que les clients vont nous appeler juste parce qu’on a un bon portfolio est faux. Il faut être actif, exposer son travail, faire des interventions dans les festivals, les photo-clubs, se faire un nom au niveau local d’abord. Il faut être vu et reconnu pour envisager commencer à gagner de quoi remplir son frigo.

Avec quel matériel shootes-tu ?
En terme de matériel, je ne suis pas suréquipé. Je ne cours pas après le dernier boitier ni le dernier objectif. Mon sac photo comprend deux Canon 5DmII, un 24/70 2.8 Canon L, un 70/200 2.8 Canon L, un fisheye 8/15 Canon L (que j’utilise peu mais que je garde car il est parfois très utile), un 50mm 1.4 (un bijou) et très récemment, Samyang m’a envoyé son dernier 80mm 1.2 qui est un objectif vraiment exceptionnel.

Parmi tes objectifs, lequel t’es indispensable et Pourquoi ?
C’est compliqué de devoir choisir… Le 24/70 et le 70/200 sont des incontournables pour moi. Mais si je ne devais en garder qu’un ce serait le 70/200 pour son piqué, son excellent rendu en portrait et en reportage.

Quel(s) logiciel(s) utilises-tu pour le post-traitement ?
J’utilise Camera Raw pour de développement numérique. Pour être très honnête, je suis allergique au superflu et je trouve Lightroom bien trop complexe et « étouffant ». Camera Raw est un produit Adobe, comme Lightroom et utilise les mêmes algorithmes. À part quelques détails, la partie développement est exactement la même sur les deux programmes. Je vais donc au plus simple.

Pour ce qui est de la retouche et du travail de colorimétrie, je travaille sur Photoshop CS6.

En plus de ton travail de « photographe pro », tu travailles également sur des projets perso. Parle-nous un peu de tes différents projets et de ta démarche artistique ?
Chaque année, je travaille sur un projet différent. Je cherche à me mettre en danger en utilisant des sujets et des techniques que je ne connais pas encore. C’est pour moi le moyen de progresser en passant des mois sur des sujets qui me passionnent mais aussi d’éviter la routine.

Il y a 3 ans, j’ai travaillé sur le nu en clair obscur. Une technique spécifique, précise et très efficace quand elle est comprise. Sublimer un corps en le dépersonnalisant est un exercice compliqué. Il ne faut pas tomber dans le voyeurisme ni dans le mauvais goût. Le but est de trouver une écriture graphique en utilisant les ombres et la lumière, pas de prendre des photos de femmes nues. Du moins c’est mon approche.

Il y a deux ans, j’ai fait une série sur le corps en mouvement pour laquelle j’ai fait appel à des professionnels de la gestion du corps dans l’espace. Danseurs, acrobates, arts martiaux… J’ai voulu figer le mouvement au moment où il est à son paroxysme, à son point culminant, là où l’équilibre est le plus fragile. La difficulté a été de trouver un moyen de shooter à un minimum de 1/1000s tout en gardant une profondeur de champs raisonnable (f7 environ).

2016 a été sous le signe des peintres baroques du clair obscur. Caravage, De La Tour et d’autres ont étés une immense inspiration. Je me suis replongé dans cette époque de l’histoire de l’Art qui pour moi est un moment exceptionnel. Le travail de la lumière était déjà un travail photographique avant l’heure. Une telle maîtrise que j’ai voulu coller au plus près de ces peintres qui avaient compris tant de choses. Que ce soit Caravage et sa lumière « divine » hors du cadre ou De La Tour avec sa lumière à l’intérieur de la toile, je devais comprendre leur travail pour restituer une série qui leur rendrait hommage.

Tu as la chance de pouvoir d’exposer ton travail régulièrement et de proposer des formations. Quelle a été ta plus belle rencontre lors de ces différents exercices ?
C’est une question difficile… Lors d’expositions, les rencontres sont multiples et le public a des approches et des sensibilités très différentes. Il y a toujours des personnes avec qui les échanges sont riches et profonds. Certaines de ces personnes sont devenues des amis ou des personnes avec qui je travaille régulièrement.

C’est à peu près pareil lors des formations. J’y mélange tous les niveaux. Du débutant au professionnel. Cela donne des interactions incroyables entre la candeur des débutants et les certitudes des pros. Mais je crois que c’est la satisfaction de voir les photographes diffuser avec fierté les photos prises en formation qui est le plus gratifiant. Certains font même des expositions avec ces clichés et là, c’est une immense joie et la validation d’un travail bien fait.

As-tu en mémoire un fail mémorable depuis tes débuts dans la photo ?
Je me souviens d’une séance photo en extérieur à Monaco avec une bloggeuse il y a quelques années…

J’avais fait des repérages des lieux en fonction de la lumière du soleil et des heures de la journée. Mais elle pensait en savoir plus que moi. J’ai vite compris que ce shoot allait être compliqué. Changement de lieu à la dernière minute, lumière exécrable, bref, le type même du shooting qui vire au cauchemar. Je n’ai retenu aucune photo pour mon portfolio. De son coté elle a adoré… Les goûts et les couleurs !

Si maintenant on donnait un peu la parole à ton appareil. Que nous confirait-il sur toi ?
Je pense qu’il aurait pas mal à dire. Entre « laisse moi un peu respirer », « prends soin de moi » et « tu sais que j’ai plein d’autres fonctions ? », il râlerait pas mal je pense.

Je sollicite beaucoup mes boîtiers, trop parfois, et je les considère comme des outils et non comme des bijoux. Je ne suis pas très soigneux avec mon matériel. Il me sert à créer des images, rien de plus. Vous me verrez très rarement nettoyer mon matos qui d’ordinaire traîne un peu partout dans le studio. En reportage, c’est souvent sous les sièges de la voiture que je cherche mes objectifs… Un exemple à ne pas suivre.

Mon mode de prise de vue est aussi très simple. En fait, le plus simple possible. Je shoote en utilisant le collimateur central uniquement, avec aucune compensation, en neutre, je ne cherche pas à avoir la plus belle photo possible mais la photo qui a le plus de potentiel possible. Et dans mon cas, ça passe par une pratique « dénudée » de la prise de vue. D’où le choix de mes boitiers… Je ne monterais en gamme que quand je n’aurais pas le choix. En attendant mes boitier vivent une vie intense et pleine d’imprévus.

J’te laisse conclure en nous parlant de ton actualité et des projets à venir pour cette nouvelle année.
2018 sera encore très créatif. Je suis en ce moment en période de recherche pour mon prochain projet qui devra voir le jour vers octobre. Pour le moment j’explore des idées sur le mouvement. Mais rien de figé encore (c’est le cas de le dire). J’aimerais sortir un peu de l’esthétisme de ces dernières années pour raconter des choses plus profondes.

En fin d’année dernière, j’ai passé un partenariat avec Phottix. J’ai eu la chance de devenir ambassadeur de cette marque. Avec un studio tout neuf, 2018 sera certainement encore plus intense.

J’ai également passé un accord avec Samyang qui me permettra d’améliorer la qualité de certaines photos.
De nouvelles formations seront également mises en place pour compléter celles déjà existantes.

Un passage par Arles dans le cadre du Festival Européen de la Photo de Nu.

Diverses expositions dans le Sud de la France et peut être à l’étranger… À suivre.

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