David BOUSCARLE

J’ai 36 ans, je suis né à Cavaillon. Après avoir vécu à Arles jusqu’à mes 10 ans, je repars vivre à Gordes, mon village natal, en plein cœur du parc naturel régional du Luberon. Je vis désormais à Carpentras au pied du Mont Ventoux. Je suis électromécanicien en métrologie industrielle, pas très glamour pour un photographe de paysage… Mais je suis aussi auteur-photographe depuis peu donc je vais beaucoup mieux 🙂

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours photographique ? Quel a été le moment déclencheur qui t’a fait prendre conscience que tes photos pourraient plaire au plus grand nombre ?
J’ai commencé à toucher à l’image via la vidéo en faisant des petits courts métrages avec des amis, quelques années plus tard, je suis devenu papa et j’ai acquis mon premier appareil photo afin de saisir tous ces moments si précieux.

Habitant dans une des plus belles régions de France et étant attentif à l’environnement en général, mon regard s’est naturellement porté sur la photographie de paysage bien que j’apprécie l’aspect général de la photographie.

J’ai vite compris que pour tenter de faire de belles images, il fallait que je m’investisse sur le terrain, et finalement, la photographie m’a donné la passion du voyage et de l’exploration.

Du fait de sa proximité, j’ai commencé à arpenter les pentes du Mt Ventoux et le fameux moment déclencheur s’est révélé à son sommet un matin du solstice d’été 2013. La photo que j’ai pris ce matin-là a eu énormément de retour positif et dans un sens, je pense que cela m’a encouragé à continuer et à persévérer dans l’image.

Comment qualifierais-tu ta patte ?
C’est certainement la question qui me hante le plus depuis quelques temps maintenant,  cette fameuse touche personnelle… Question difficile car compliqué d’y répondre soi-même…

Une fois la technique acquise et les bases révisées, j’ai commencé à m’interroger sur mon développement artistique, c’est même devenu comme une obsession à un certain moment. Je me suis inspiré d’autres photographes de paysage comme Ansel Adams et Galen Rowell qui ont vraiment marqué mon regard à mes débuts, mais aussi par d’autres formes d’art, comme le cinéma et la musique pour ma part, les ambiances des films de Guillermo Del Toro ou de Christopher Nolan m’ont permis de me forger un attrait certain pour les univers fantastiques.

A mes débuts, j’étais continuellement entrain de shooter face au soleil, sur des spots connus, avec des compositions redondantes, ces photos plaisaient aux gens car elles avaient un effet « Wow » (j’appelle ça l’effet Disney 😀 ) Mais dans le fond, rien de sensible, ni de profond ne ressortait de ces photos.

J’ai donc commencé à me remettre en question que ce soit au niveau du post traitement ou que ce soit sur la nature même des images que je voulais saisir, je me suis acheté un nombre incalculable de livres, j’ai commencé à lire des romans fantastiques et à étudier certains peintres, William Turner, Marco Ricci et Caspar David Friedrich m’ont beaucoup impressionné par leur manière de travailler la lumière et les atmosphères.

De fil en aiguille, je pense être arrivé à trouver l’axe principal de mon travail. Grossièrement, je n’aime pas tout ce qui est évident, sans originalité, sans questionnement… Je travaille souvent en faible luminosité, j’adore photographier dans des conditions météorologiques exécrables, cela me force à me transcender et à passer une certaine barrière mentale où la créativité devient essentielle pour tenir le coup et s’extérioriser. J’aime la brume par-dessus tout, elle a l’art d’épurer et de simplifier la vue, tout devient « magique » et l’immersion devient totale.

Aujourd’hui la photo pour toi, est-elle une source de revenu ?
Oui. J’ai acquis mon statut d’auteur-photographe il y a maintenant 2 ans. La première année, ce statut m’a permis de vendre mes premières œuvres limitées, et à l’heure d’aujourd’hui, j’exploite plus l’aspect des cessions de droits, je participe au renouvellement d’une photothèque dans le domaine viticole et j’ai pu travailler avec quelques grandes villes d’Europe dont Prague.

C’est une chance pour moi car cela me permet de financer mes projets photographiques sans pour autant toucher au budget familial, question sensible ;)…

Quel est ton matos pour shooter ?
J’utilise du matériel Canon. Pour ce qui concerne le boitier, je possède un 6D. Pour ce qui concerne les objectifs, j’ai un 16/35 f/4 IS L, un 70/200 f/4 IS L, un 50 f/1,4 et un 85 f/1,8. J’utilise aussi un objectif Samyang 14 f/2,8 pour les photos de nuit. Je teste divers boitiers en ce moment en vue de remplacer mon 6D.

J’ai une belle batterie de filtres ND et GND et un filtre CPL est vissé sur chaque objectif. Une télécommande, essentiel… et j’utilise un Trépied carbone type 055 de chez Manfrotto et un sac FStop pour transporter tout ça…

S’il ne devait en rester qu’un, quel objectif serait « l’élu » et pourquoi ?
Ça va peut-être paraître bizarre pour un photographe de paysage mais je pense que je choisirai le 50mm, du fait de sa versatilité sans conteste.

Il est de plus en plus souvent vissé sur mon boitier, il me permet de saisir les détails d’un paysage, d’en saisir l’essentiel. Il me permet d’avoir une vision abstraite et flou en forêt et surtout d’appréhender et lire le terrain afin de savoir si je vais ensuite monter le 16/35 ou le 70/200.

T’as des outils favoris pour le post traitement ?
Ah, le post traitement… Question importante en photo de paysage. Il va de pair avec l’évolution de « ma patte » je pense, un aspect aussi important que la prise de vue pour moi.

Je traite mes fichiers RAW avec Canon DPP, je gère mes bibliothèques avec Lightroom et j’effectue des réglages globaux et locaux de luminosité et des réglages de couleurs et de teintes sous Photoshop, je dirai que 90% du développement est effectué sous DPP ou sous Lightroom.

De plus en plus, j’essaie de me fixer une certaine éthique sur mon post-traitement qui devient au fil des années plus léger, ou du moins plus naturel et efficace 🙂

Tu as fait de la photo de nature et de paysage ta spécialité. Qu’est-ce que t’apporte les grands espaces ?
Le fait de faire de la photo de paysage est pour moi plus une nature qu’une volonté. C’est le prolongement de ma personnalité je pense.

Je n’aime pas trop les « humains » et j’ai toujours  été très solitaire, le fait de me retrouver seul dans ces immensités me donne la possibilité de m’évader et d’être moi-même.

On ne peut pas vraiment se mentir quand on se retrouve seul face aux éléments, tout devient plus clair et on peut enfin s’émanciper.

As-tu connu, depuis tes débuts, un « fail » mémorable ?
Je suis un fail à moi tout seul 🙂 J’en ai connu et j’en connaîtrai d’autres…

Pour exemple, suite à mon dernier voyage en Islande, j’ai oublié mon trépied au pied d’une chute d’eau, je m’en suis rendu compte alors qu’on était en train de s’équiper à environ 100km de là et qu’un arc en ciel semblait jaillir du glacier tout proche…

Retour à la chute d’eau et heureusement, des personnes bienveillantes me l’avaient déposé au point rencontre, voilà voilà ;)…

Comment prépares-tu tes sorties ? Qu’emmènes-tu avec toi ?
J’utilise pas mal de logiciels comme The Photographer’s Ephemeris, Google Earth et Geoportail pour la France. Je consulte évidement la météo bien qu’apparemment la météo soit souvent plus forte que les prévisionnistes 😀 Au fur à mesure, j’ai l’impression que trop de planification tue un peu cette sensation de spontanéité et d’émerveillement. J’essaie de me procurer les cartes IGN des coins que j’explore en général.

Quant au matériel que j’emmène avec moi la liste est assez longue surtout si je bivouaque et surtout si il fait froid, mais pour faire court, j’emporte tout le temps une frontale, une boussole, ma montre GPS, des cartes IGN, un couteau, de la corde, un briquet, une bonne veste et une flasque de gnôle.

Tu as vu beaucoup de très beaux paysages depuis tes débuts mais lequel t’as particulièrement marqué ?
Sans hésitation, les dunes du Sahara. Je me suis rendu au Maroc il y a de ça 10 ans et je ne pratiquais pas encore la photographie, mais ce voyage est resté gravé à tout jamais dans ma mémoire.

Ces lignes, ces courbes dessinées par la lumière du levant, le vent qui vient arracher les grains de sable sur les arrêtes des dunes, c’est magique… Tout prend un caractère infini dans le désert, c’est assez déroutant. J’aimerais bien y retourner un jour…

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui veulent réussir à capter au mieux l’atmosphère d’un paysage ?
Les conseils essentiels pour moi… Se confronter aux éléments naturels. Ne pas avoir peur de sortir de sa zone de confort, c’est précisément là qu’il se passe les choses les plus passionnantes dans une photographie…

Ne pas hésiter à se lever tôt, à se coucher tard, à ne pas dormir du tout… Ne pas avoir peur de partir loin, de laisser les siens…

Photographe de paysage, c’est aussi passer beaucoup de temps en tête à tête avec son appareil photo… Si on lui donnait la parole, que nous confierait-il sur toi ?
Il vous dirait que je parle souvent quand je suis seul, que je chante faux, que je lui nettoie souvent son capteur, que j’ai un gros nez que j’écrase contre son liveview et que je gueule sur des dieux imaginaires quand la météo ne tourne pas en ma faveur.

J’te laisse le mot de la fin pour nous parler de ton actu et des projets à venir.
J’ai eu la chance de remporter 2 prix au Siena International Photography Award en architecture et cela m’a ouvert de nouvelles perspectives et je me rendrai prochainement à Londres pour photographier quelques intérieurs bien connu 😀

Je vais certainement commencer à tirer quelques images afin de monter un projet sérieux d’exposition pour 2018. Je fais parti d’un collectif « Ventoux en Images » qui exposera en Novembre 2017 et pendant 1 mois dans la ville de Carpentras.

Pour ce qui est des voyages, il y a de grandes chances que je me rende en Ecosse durant l’hiver prochain. Beaucoup de destinations m’inspirent beaucoup ces derniers temps en particulier la Russie…

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2 Replies to “David BOUSCARLE”

  1. Merci pour cette interview très intéressante, illustrée par de magnifiques photos. Il se dégage une véritable ambiance, une atmosphère, de celles-ci, liée tant à la lumière qu’aux conditions atmosphériques.

  2. […] delà de ça, le travail des copains continue de me nourrir ; David Bouscarle, Alban Henderyckx, Allan L’héritier, Florent Criquet, Clément Coudeyre, Philippe Aboulin pour […]

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