Corinne CAMIADE

Je m’appelle Corinne Camiade, bientôt 48 ans, née dans les fins fonds de la Meuse, à Verdun.
Je travaille dans un bureau d’études en ingénierie du bâtiment. Je vis à Marseille.

Parle-nous un peu de ton parcours et de ta rencontre avec la photo ? As-tu des influences particulières ?
Ma rencontre avec la photo fût celle de mon enfance, à travers celles que faisait ma grand-mère qui était photographe de métier. Je parcourais les clichés qu’elle faisait de moi, de mes frères et sœurs, des enfants en tenue de baptême ou de communion. Ce qui m’avait marquée, c’est les bordures dentelées des clichés noir et blanc, soigneusement travaillés, et la précision qu’elle mettait dans chacune de ses images.

Lors d’un tournant professionnel vers 40 ans, j’ai eu l’occasion d’investir dans du matériel professionnel haut de gamme. De là, j’ai progressé en entrant de façon technique dans mes photos, de façon à restituer tous les effets que je voyais chez ceux qui avaient déjà une vie d’avance sur moi dans le métier de photographe.

J’ai abordé cette activité de façon purement artistique car ayant caressé l’idée de devenir professionnelle, j’ai vite réalisé que la concurrence allait être rude et que de se faire un nom serait très difficile. J’ai donc opté pour une approche purement artistique et d’y consacrer tout mon temps libre, tout en gardant à l’esprit qu’un jour peut-être, j’aurai moi aussi une renommée.

J’ai pu ainsi évoluer avec lenteur mais sans pression, et profiter des expériences de ceux que je côtoyais à distance dans ce métier. Les conseils, les avis, les critiques, les fonctions avancées mais parfois nébuleuses de mon matériel, je les ai écoutés, décortiqués et mis en œuvre avec curiosité et envie. Cette évolution constante et perpétuelle me tient constamment en éveil, et côté artistique, en scrutant d’autres que moi, je ne me suis jamais éloignée de cette envie permanente de faire de la photo.

Les photographes que je suis sont nombreux. Mais celui qui a beaucoup influencé ma perception de l’image, c’est André Josselin. Avant lui Théo Gosselin & sa compagne, Maud Chalard. Bref, le premier travaille de façon incroyable avec la lumière, les deux autres, ont ce côté libre et décomplexé de l’image. J’aimerais à moi seule contenir le talent des trois !

Quelle place a pris la photo aujourd’hui dans ta vie ?
La photo prend tout mon temps libre ! Elle m’habite littéralement.

Dans ce milieu de la photo souvent très masculin, as-tu rencontré certaines difficultés en tant que photographe femme ?
Je pense que non, bien au contraire. Le côté mysogine de ce métier s’il en est, m’a été épargné. Et même grâce au fait d’être une femme, notamment pour les séances de modèles, tant femme qu’homme, me donne un gage de confiance et de libre approche notamment pour les nus.

Je pense que l’inverse pour un homme est déjà plus compliqué, que l’approche est d’autant plus délicate et à ce titre, qu’il doit faire plus attention à ce qu’il fait. Je prends grand soin de mes modèles. Et aucune ambiguïté n’a pu m’être reprochée. Dans les reportages, certainement que l’on me confond mieux, j’aime ne pas être vue, et surtout ne pas être entravée dans des approches intuitives pour des clichés pris sur le vif.

Quel est ton matos photo ?
J’ai un boitier 5dmark III. Mon objectif de prédilection en reportage, est le Canon 135mm/f2.0. J’évolue de loin, me glisse derrière les gens, je me camoufle aisément. Le Canon 50mm/f1.2 pour les portraits, les séances en intérieur ou dans des conditions en basse lumière notamment les églises pour les mariages, me donne des résultats satisfaisants voire presque miraculeux suivant les conditions. Et récemment, j’ai investi dans le Sigma Art 24mm/f1.4 qui réalise des images incroyables, fidèle en couleurs et époustouflant en profondeur de champ.

Je possède également le Canon 16-35mm/f2.8 pour mes roadtrip avec lequel je peux réaliser des photos de paysages sous des angles inédits. Et oui, j’aime la focale fixe, qui oblige à la créativité, le contexte est souvent peu évident c’est vrai, quand ça bouge beaucoup, mais ça m’oblige aussi à me mouvoir et à me donner du mal pour des photos plus personnelles, des points de vue plus complexes mais qui surprennent toujours l’auditoire de façon positive.

Pour terminer, je possède un Fujix100t que j’ai laissé dans un coin plus d’un an. En effet, sa prise en main fût laborieuse et j’ai eu du mal à faire cette transition de mon boîtier à ce petit compact. Mais il est tellement précis et restitue un piqué fabuleux, que lorsque j’ai pu enfin m’en servir en reportage, j’ai compris que je ne pourrai plus m’en passer.

Sa discrétion est telle, que même au plus près des gens, ils ne se rendent même plus compte que je fais une photo, il est indispensable lorsque sur des festival par exemple, la foule m’empêche de sortir mon gros boîtier.

Parmi tes objectifs, lequel t’es indispensable ? Pourquoi ?
Et bien je crois que je viens de répondre à cette question dans la précédente. Je garde toutefois mon sigma Art en préférence 🙂 Son angle propre et large, ses couleurs, et sa profondeur de champ, en font mon p’tit chouchou 🙂

Dans tes photos, tu t’attaches à « raconter des histoires » à travers des reportages. Parle-nous de cette démarche ? Qu’est ce qui te plait particulièrement dans cet exercice ?
J’ai un caractère assez sauvage, et je suis peu encline à la rencontre. Cependant, j’ai de l’intérêt pour les gens. Pas forcément pour les connaître, mais plutôt les montrer dans ce qu’ils font, comme ils vivent, etc. Le fait d’être « en planque » quand je les suis en reportage, quand je shoote un acte, un geste, un moment, m’apporte cette émotion que je visualise à l’instant T et que d’autres ressentiront au moment où le cliché sera publié.

Je ne sais pas trop quoi dire sur cette démarche, mais c’est celle qui me réjouis, me bouleverse même certaines fois, me comble de joie, de rire, ou de tristesse (même si je ne me souviens pas d’avoir fait un cliché triste en vérité). Ce que j’aime, c’est l’authenticité d’une image, sa fidèle émotion, son caractère, son histoire. Les mariages pour ça, c’est fabuleux. Exercice difficile c’est vrai, mais c’est quelque chose de surexcitant d’être là, de naviguer dans les émotions de chacun, et d’en saisir l’intensité.

Comment prépare-tu tes séances ?
Je ne les prépare pas, du moins, pas dans un contexte technique ou visuel particulier.

Les modèles arrivent comme ils sont, nous sommes préalablement inspirés d’autres photos prises sur le web, et on suit nos instincts, nos envies. Ce qui donne toujours des photos vraies. Je ne travestis pas mes modèles, je n’aime que ce qu’ils sont, et rien d’autre.

Tu es plutôt Noir et Blanc ou couleurs ?
Quelle question difficile ! je crois qu’à mes débuts j’étais Noir et Blanc, influencée par un visuel vintage qui au final n’en est pas un. C’est une histoire le noir et blanc, comme la couleur, j’évalue ce que le traitement ajoute ou enlève à la photo. Si je suis indécise, je fais les deux 🙂

De tes différents reportages photo, lequel t’as le plus marqué et pourquoi ?
Mon premier vrai reportage (en dehors des mariages) fut le wheels & waves 2016 en juin, à Biarritz. J’ai découvert un univers totalement inconnu, biker, surfer, sport de glisse dans son ensemble … Festival de renommée internationale et côtoyé par un public universel et meltingpot j’ai là pu œuvrer dans ce que j’aime le plus !

Des individus de toutes sortes, tout univers confondus et foisonnant, et si beaux, si colorés, si … incroyables !

Et surtout, mon travail fut reconnu comme un vrai travail de reportage, et j’ai été gratifiée l’année suivante pour le même festival d’une publication dans un magazine national et j’ai pu accompagner mes photos d’un article rédigé par mes soins.

Voilà, j’étais reporter photographe et ça, c’est je crois le truc le plus gratifiant que j’ai pu ressentir dans ma passion photographique, une petite consécration pour moi.

As-tu d’ailleurs connu un fail mémorable depuis tes débuts ?
J’en ai connu plusieurs, mais le plus horrible, c’est d’avoir fait un mariage sur deux jours, d’avoir sauvegardé mes photos sur mon pc portable, et de l’avoir oublié sur place … mon corps s’est littéralement vidé de son sang quand je suis arrivée chez moi sans mes photos, harassée de fatigue.

Dans une angoisse sans nom, je suis retournée sur place, à des kilomètres de chez moi, et mon cœur s’est remis à battre en retrouvant mon pc. Encore une leçon, douloureuse certes, mais au moins, je vérifierai toujours mon matos avant de repartir

Si on laissait maintenant la parole à ton appareil, que nous raconterait-il sur toi ?
Je crois qu’il dirait que je lui en demande parfois trop, que je l’oblige à faire des mises au point qu’il ne veut pas faire, de travailler à une vitesse que la carte mémoire refuse de suivre (je dois encore m’équiper plus sérieusement sur ce point).

Je pense qu’il dirait de moi que je suis soigneuse mais distraite, que je suis trop émotive, que je suis surtout trop mais jamais pas assez 🙂

Oui j’crois bien qu’il dirait ça de moi.

J’ te redonne la parole pour te laisser le mot de la fin et nous parler de ton actu et des projets à venir.
Mon actu est calme pour l’heure. Une exposition à venir à Marseille en février sur le thème de l’amour. Je vais sortir de ma zone de confort, ça me stresse un peu, mais je reste confiante.

Et pour mes projets, je laisse décider le destin. Jusque-là, les choses sont venues à moi et j’aime que cela soit ainsi. Un coup de fil impromptu, un reportage à faire la veille pour le lendemain, un article à rédiger, une future mariée éplorée qui cherche son photographe au dernier moment, j’aime assez ce qui en terme de projet, reste de l’imprévu.

C’est là que je me débrouille le mieux 🙂

Merci en tout cas pour toutes ces questions, j’ai pu ainsi m’épancher et parler de façon je pense, audible de ce qui m’anime. Merci vraiment merci.

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