Chronique : Highway to fails | par Maxime DAVIRON

CHRONIQUE : Highway to fails

par Maxime DAVIRON

En photographie comme dans la vie, il y a toujours des moments où tout semble foirer complètement sans qu’on ne puisse rien y faire. En ce qui me concerne, j’aurais pu mentionner une ou deux histoires à s’arracher les cheveux de la tête, mais je préfère parler de quelques anecdotes plus légères. Il y a des fois où s’enchaînent les poisses en série, et au cours de mes deux road trips nord-américain j’en aurai rencontré quelques-unes.

Road-Trip fail : Act 1

En avril 2015, j’arrivais au Canada pour une durée indéterminée. Rapidement, nous décidions avec ma copine de partir sur la route vers le Yukon, où nous devions garder une ferme une partie de l’été. Après avoir acheté et aménagé un vieux van, nous sommes donc partis pour l’ouest, traversant les États-Unis puis remontant par les Rocheuses canadiennes en direction du Grand Nord.

Un mois et 9800km après notre départ de Montréal, nous nous retrouvions donc sur une petite piste en terre au-dessus de l’immense Salmon Glacier, à cheval entre Alaska et Colombie Britannique. C’est là qu’intervient la première grosse tuile.

Après avoir passé la nuit sur place, nous décidons de rouler jusqu’au bout de la piste, histoire de voir le glacier d’un peu plus près. Là, à peine trente secondes après avoir entamé la descente, le moteur coupe et les freins lâchent !

J’ai donc deux options : sur ma gauche, une falaise d’une centaine de mètres terminant sur le glacier ; sur ma droite, un talus couvert d’une bonne épaisseur de neige…

Le choix est vite fait, je fonce en roue libre droit dans les névés et le van s’encastre en plein dedans. Il ne redémarrera jamais. Bien évidemment, pas un chat dans le secteur, à l’exception d’un ou deux 4×4 passés plus tôt dans la matinée. Par chance, il reste un couple d’Allemands qui acceptent de nous ramener à Stewart – unique village de la région, de 500 habitants.

Ne jamais perdre espoir…

Là-bas, après un certain nombre de péripéties et grâce à l’impressionnante solidarité des locaux, nous finîmes par trouver une solution (le van étant officiellement déclaré mort), et après coup si je devais recommencer je n’hésiterais pas une seconde. Les quelques 1200km restant furent parcourus en hydravion, ferry, train, bus et pick-up.

Ce fut une occasion unique de voler une heure au-dessus des fjords et montagnes d’Alaska ; de remonter en ferry le passage intérieur, une partie du Pacifique grouillant de baleines, serpentant entre les îles et glaciers du Nord ; de débarquer à Skagway et d’emprunter la mythique voie ferrée de White Pass, trajet des chercheurs d’or de la Ruée de 1896 ; avant finalement de traverser le Yukon par la route jusqu’à la ferme perdue au milieu de nulle part où nous devions aller.

Nous n’avions plus un sous, plus de voiture, et laissé derrière nous une grande partie de nos affaires, mais peu nous importait.

La suite fut tout aussi pleine de coups durs et chances inespérées, et comme pour le reste, je n’en retiens que le meilleur. Mais le plus drôle c’est qu’un an après, seul cette fois-ci, je repartais pour un nouveau road trip, et j’allais me retrouver dans des situations très semblables…

Road-Trip fail : Act 2

Nouveau van, pour un budget tout aussi maigre, nouvel aménagement maison, bref, j’étais fin prêt. Initialement, je devais partir pour le sud-ouest américain avant de remonter par les côtes sud et est, le tout durant une quarantaine de jours minimum… Et là, première déconfiture : je suis refoulé à la douane.

Pas assez d’argent à leur goût, pas de preuve que je vivais au Canada, bref, ce jour-ci c’est tombé sur moi.

Mais je ne me dégonfle pas : j’échafaude un plan B et décide de traverser le Canada pour retourner dans le Yukon, mais bien plus au nord cette fois, jusque dans les territoires du Nord-Ouest.

Après 7 jours de route et presque 7000km parcourus, j’arrive au début de la Dempster Highway, une route de terre de 730km traversant le cercle arctique et ne rencontrant que deux villages peu peuplés.

Là, après 500km, j’explose littéralement un pneu au milieu de nulle part. Je suis à 120km du « relais » à mi-chemin de la route où se trouve une demie douzaine de personnes, de l’essence et un garage pour les camions de livraison de matériel faisant la route jusqu’à la ville minière au « terminus », Inuvik. Et par chance, l’un de ces camions arrive du nord…

Le chauffeur m’embarque jusqu’au fameux relais, où je passe la nuit avant d’aller voir au garage si quelqu’un peut m’aider. Et malheureusement, non. En bref, mon van n’est pas dans la bonne province et est trop loin, et leur assurance leur interdit de s’y rendre. Je tente donc toute la journée de trouver une solution, et je finis par en trouver une avec l’aide des chauffeurs de passage.

Mon van n’est qu’à une soixantaine de kilomètres d’un petit village indien où l’on m’avait dit qu’il n’existait aucun garage ; hors il y a bien quelqu’un qui aurait de quoi me changer ce pneu. Comme j’avais embarqué deux pneus d’hiver (n’ayant que ça) au cas où, je n’ai pas à attendre des jours qu’on m’en livre un. Un gars m’emmène donc là-bas en pick-up, et le lendemain soir le pneu est changé.

Entre temps, j’aurais pu constater l’hospitalité du peuple autochtone, qui force le respect ; et déambuler dehors à deux heures du matin en contemplant le soleil stagné sur l’horizon sans jamais disparaître…

Quelques jours plus tard, je me retrouve avec un autre pneu à moitié vide, c’est alors mon dernier matin sur la Dempster. Je parviens à rallier Dawson et à refaire la pression, mais c’est peine perdue… Trois jours plus tard, je me réveille avec ce même pneu quasiment à plat. 60km en roulant au ralenti, volant braqué à l’opposé pour aller droit, avant d’enfin trouver un garage. Mon second pneu d’hiver y passe et je suis reparti.

Mais la cerise sur le gâteau arrive lors de la route du retour. Deux jours après cette histoire, je suis en Colombie Britannique, et après avoir fait un plein, j’entends des bruits assez suspects venir de sous le moteur. Ce n’est pas la première fois que j’entends des sons louches, alors je poursuis ma route…

Mais 5km plus loin, les ennuis commencent : les freins se serrent tout seuls d’un essieu sur l’autre, déportant la voiture de droite à gauche alors que je roule à 90km/h. Je sens la fin arriver. Je roule 75km avant d’arriver à la prochaine ville, et gare tant bien que mal le van sur un parking avant d’aller dormir.

Game Over

Au matin, en voulant démarrer pour aller à un garage, rien ne réponds. La veille, il pleuvait à torrent, et j’oubliais d’éteindre les phares, ne me rendant compte de rien à cause de la météo et de l’absence d’alarme sur le van… Je finis, après quelques galères, par trouver quelqu’un me boostant la batterie gratuitement, et je file au garage.

Après avoir attendu toute la journée, le verdict tombe : 1500$ de réparations minimum, 3000$ si je veux que le van survive plus de deux mois. Sachant qu’il en vaut 1200$, ce n’est pas franchement la peine, et dans tous les cas je suis encore fauché. Le garagiste hallucine et me dit carrément que si je voulais poursuivre ma route avec ma poubelle, il serait dans l’obligation légale de le déclarer à la police locale.

Je me marre bien : deux pneus d’hiver d’un côté et deux pneus d’été pratiquement lisses de l’autre, une fuite du liquide de freins, tout le système de freinage à refaire et les trois quart de mes voyants au rouge, sans parler de la porte qu’il faut claquer comme une brute pour la fermer, du rétroviseur droit qui se vautre à moitié à chaque fois que je fais ça, de la jauge d’essence qui est totalement partie dans l’espace, etc. Le gars a de quoi s’affoler.

J’ai comme une impression de déjà-vu. Mais pour le coup, la solution pour rentrer est moins sexy que l’année d’avant : 67h de bus non-stop jusqu’à Montréal. Je donne donc la moitié de mes affaires à l’armée du salut, tente de vendre le van à une casse, mais le gérant étant parti plusieurs jours, je suis contraint de l’abandonner à l’arrière de la station Greyhound, où je pars pour 4 jours de bus sacrément longs.

Entretemps, l’essieu avant droit commençait à lâcher, et la jante se faisait ronger par une pièce de métal, recouvrant toute la roue d’une belle couche de sciure de rouille, le tout dans un bordel intégral façon « j’ai-un-hélicoptère-coincé-sous-mon-capot ».

Enfin, ce que je retiens de tout ça, hormis que je dois avoir une certaine faculté à choisir des bagnoles foireuses (il faut dire que mes budgets et l’absence de contrôle technique à la vente, au Canada, n’aident pas), c’est que chaque poisse m’aura amenée à vivre des expériences totalement enrichissantes, à faire tout un tas de rencontres, à voyager différemment et à me débrouiller quoi qu’il arrive et où que je me trouve.

Et je me suis concentré ici sur les soucis mécaniques, mais entre les 4 mois du premier trip et le mois du second, il se passa un paquet de choses sur lesquelles j’aurais pu m’étendre d’avantage…

Pour découvrir plus en détails son road-trip de 2015 (cliquez ici) et celui de 2016 (cliquez ici).

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One Reply to “Chronique : Highway to fails | par Maxime DAVIRON”

  1. Malgré toutes ces embûches, ce récit donne envie de partir comme tu l’as fait parce que c’est aussi ça l’aventure ! Et, comme tu le dis à la fin, ça a permis de vivre des expériences inédites 🙂
    Merci pour ce récit sur la face cachée (et galère) des voyages ^^

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