Adrien FAVRE

Je m’appelle Adrien je suis photographe et vidéaste autodidacte de 31 ans, je vis à Paris.

Peux-tu nous parler de ton cheminement jusqu’au photographe pro que tu es aujourd’hui.
J’ai un parcours atypique, j’ai commencé comme comédien puis je suis passé à la réalisation à 25 ans, puis de la vidéo je suis passé à la photographie il y a 3 ans.

As-tu eu ou as-tu encore des influences particulières ?
Je n’ai pas vraiment d’influences car je suis arrivé à la photographie par hasard sur le tard…donc ma connaissance photographique avant de m’y mettre était quasiment inexistante.

Aujourd’hui avec les réseaux sociaux tu vois l’émergence de beaucoup de bons photographes et tu peux y trouver une influence même si je déplore que tout le monde fasse la même chose…

Depuis quelques temps, les photographes se mettent en scène dans leurs voyages, leurs vies, dans des paysages grandioses pour dire « j’étais là ». Je préfère observer ce qui se passe plutôt que de m’intégrer à mes photos. Ma démarche est justement cette quête de l’invisibilité. Mon appareil est le prolongement de ce que je vois. C’est probablement dû au fait que je fais beaucoup de photos d’animaux sauvages et que cette discipline demande une discrétion extrême.

Mes influences aujourd’hui sont Vincent MUNIER, Steve WINTER pour la photo d’animaux sauvages et Steve McCURRY pour la street photo ainsi que beaucoup d’autres.

Aujourd’hui penses-tu avoir trouver « ta patte » ? Si oui comment tu la définirais ?
Je ne sais pas si j’ai trouvé « ma patte » mais j’ai trouvé deux types de photos que j’affectionne énormément : la street photo et la photo d’animaux sauvages. Et j’en apprends tous les jours.

Depuis tes débuts, quel a été ton plus gros « fail » ?
Mon plus gros « fail » c’était l’été dernier.

J’étais en préparation pour mon court métrage « je suis un nuisible » sur les renards et leur fameux statut juridique incompréhensible. Je déteste l’injustice, et la protection de la faune sauvage est l’un de mes plus grands combats.

Pendant 2 semaines en août, j’ai essayé de les filmer. Levé tous les jours à 5h du matin, je rentrais dormir l’après-midi pour y retourner à 18 h jusqu’à 22h30. J’étais chez mes parents en Bretagne et je n’ai pas profité de ma famille…j’étais un vrai zombie, je dormais même habillé pour être plus vite sur place. Lol

A chaque fois que je venais équipé pour de la vidéo je ne voyais aucun des deux renards que je suivais et dès que je venais sans rien en mode « léger » j’avais des observations incroyables …parfois à 5 mètres. A croire qu’ils faisaient exprès… mais finalement ce n’est pas un « échec » car avec les différentes plateformes de diffusion le film a été vu presque 1 millions de fois et je suis tellement heureux que le message soit passé.

Niveau matos, avec quoi shootes-tu ?
J’ai eu beaucoup de boîtiers, j’achète tout en occasion la plupart du temps et je revends. Si tu prends soin de ton Matos il ne décote pas trop. Je suis un gros bordélique dans la vie mais mon Matos photo c’est sacré.

Je suis toujours resté fidèle à Canon. Ma série sur l’Inde est shooté au 6d et au 5d Mark 3. Aujourd’hui j’ai un 1d x Mark 2 et un 7d Mark 2 car j’étais plus dans de la photo d’animaux sauvages ces derniers temps et ces boîtiers s’y prêtent mieux.

Je shoote la plupart de mes photos à 200 mm, avec un 70-200 mm ou un 135 mm. Je sais que certains photographes privilégient le 50 mm pour le portrait, moi j’aime être loin de mes sujets car je souhaite éviter que les gens posent au maximum.

Amoureux des (grands) voyages, tu as fait un de tes derniers voyage en Inde. Quelle est la première chose qui te vient en tête lorsqu’on parle de ce pays ?
Quand on m’évoque l’Inde la première chose qui me vient en tête ce sont des odeurs d’épices, des couleurs, des sourires, une richesse culturelle incroyable et une disparité énorme entre les plus riches et les plus pauvres. Il y a 400 000 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté en Inde et c’est difficile de rester insensible face à une telle détresse. J’ai rencontré des gens merveilleux durant mes deux séjours d’une richesse intérieure incroyable, des gens qui n’avaient rien mais qui pourtant étaient prêts à tout offrir.

C’est également une faune sauvage très préservé et une cohabitation réussit entre deux mondes, le sauvage et la civilisation. Ce pays a une explosion démographique incroyable (1milliards 300 millions d’habitants) et ils ont pourtant réussi à cohabiter avec les grands prédateurs.

Je trouve que c’est un bon exemple pour nos pays européen façonnés par l’homme et pour l’homme où la nature est quasi inexistante.

Qu’emmènes-tu avec toi niveau matériel photo lorsque tu pars en long voyage comme ceci ? Qu’as-tu appris, avec l’expérience, à ne jamais oublier ?
Lorsque je pars en voyage mon sac se compose, d’un ou deux boitiers, plus un 16-35 mm, 24-70 mm, et un 70-200 mm. Par contre si je pars pour un voyage de photo animalière je pars avec le 70-200 mm et un 500 mm ainsi que deux boîtiers.

J’affectionne les optiques fixes mais en voyage ce n’est pas pratique et surtout plus difficile de répondre à toutes les situations.

J’ai appris à ne jamais oublier les cartes (Lol) car je suis dissipé parfois et que tout peut arriver avec moi. Je pars toujours avec un trépied léger au cas où.

As-tu déjà dû enlever quelque chose de ta valise pour faire de la place à ton matos photo ?
Je prends peu de chose à part l’appareil photo, juste le nécessaire, la photographie est le meilleur alibi pour voyager.

Lors de ton voyage en Inde tu as fait beaucoup de portraits de la population locale. Comment procèdes-tu, généralement, pour les prendre en photo ?
J’affectionne particulièrement les portrait, l’adage dit : les yeux sont les miroirs de l’âme et c’est vraiment ça…tout se joue dans le regard dans un portrait, peu importe si le sujet te regarde ou pas. Tout se joue la…il faut un timing parfait pour saisir l’instant qui va faire la différence.

J’aime voler des instants au temps. La plupart du temps je ne demande pas aux gens de les prendre en photo même si ça peut m’arriver, mais je cherche à tout prix à éviter que les gens posent.

Quand les gens m’ont vu les photographier, je vais tranquillement les voir pour leur montrer la photo et généralement ils sont contents.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à ceux qui parfois n’osent pas « déranger » les gens en pleine rue pour faire un portrait ?
Il n’y a pas de conseil, il faut forcer sa nature. Je suis quelqu’un de réservé dans la vie mais je laisse ma timidité de côté quand je fais des photos.

Mais le conseil que je pourrais donner c’est de sourire car tout passe par le contact.
Et pour mettre en confiance quelqu’un il faut montrer sa bienveillance.

Si tu ne devais garder qu’une seule photo de ton voyage, laquelle et pourquoi ?
Si je devais n’en garder qu’une ce serait celle du Tigre….un tigre sauvage que j’ai vu il y a deux ans et j’en garde un souvenir merveilleux.

Je l’ai mis dans mon salon pour ne jamais oublier que j’ai été un grand privilégié de croiser le regard de ce magnifique félin. Il y avait 100 000 tigres sur notre planète au début du XXème siècle…il en resterait 3500 !

Cette photo c’est une renaissance parce que j’ai changé du tout au tout le jour où j’ai compris que la nature était en souffrance. Rien n’arrive par hasard et j’avais besoin de cette rencontre pour trouver ma voie et mes convictions.

Quelle meilleure arme que la photographie pour témoigner de la beauté et la fragilité ?
Je trouve souvent que les photographes animaliers ne sont pas assez engagés.

J’te laisse le mot de la fin pour nous parler de tes projets à venir et/ou ton actualité.
Dans mes projets je rêve de faire un livre sur l’Inde j’aimerai y retourner une 3ème fois pour boucler la boucle comme on dit.

Mon actualité c’était ma première exposition photo sur l’inde, c’était aussi le Nikon festival avec le film « je suis un nuisible » qui a fini 2ème au prix du public sur plus de 1250 films donc je suis super heureux que le message ait touché les gens.

je suis un nuisible from Adrien Favre on Vimeo.

Je travaille sur des projets de publications pour des magazines de photo street ou nature.

L’un de mes autres projets est d’arriver à photographier un loup… ça m’obsède j’y pense quasiment tous les jours. J’ai passé 6 jours en Finlande en juin, dans une cabane à un kilomètre de la frontière Russe pour y arriver. Le dernier jour à 4 h du matin un loup est passé devant moi à 50 mètres et je n’ai pas eu le temps de faire une photo…
J’étais crevé et déconcentré après avoir passé plus de 100 heures d’affût. Je fus pris d’une immense colère. J’avais raté l’instant pour lequel j’étais la.

Et puis je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune raison d’être en colère car j’avais vécu un moment extraordinaire.
Peu importe qu’il n’y ait pas de photo, la vision de ce loup est un instant volé enfouie dans ma mémoire que je garde pour moi, rien que pour moi et c’est bien parfois de ne pas partager.

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3 Commentaires

  1. Ses images sont sublimes !! Et ses très bonnes influences (Steve McCurry, Vincent Munier..) se font ressentir pour notre plus grand bonheur !

  2. Interview très intéressante!!!
    Ces photos sont magnifiques… et le court métrage si JUSTE.
    J’ai déjà hâte de lire ce livre sur l’Inde !

  3. Clement Brouiller dit : Répondre

    Un très grand photographe, un exemple surtout pour moi qui veut devenir photographe et quelqu’un d’engagé !! Juste braco !

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